La jeune pousse française Tiamat, spécialisée dans les batteries au sodium, a annoncé le report sine die de son projet industriel dans la Somme. Initialement prévue pour 2028, cette unité de production devait incarner une alternative technologique au lithium, mais se heurte aujourd'hui à la complexité du financement privé dans le secteur des batteries en Europe.
Un verrou financier qui fragilise l'ambition industrielle
Le projet, estimé à environ 200 millions d'euros, visait la création de 400 emplois directs. Malgré le soutien stratégique de Stellantis Ventures, la direction de Tiamat a dû se résoudre à mettre le projet en pause. Hervé Beuffe, PDG de l'entreprise, souligne la difficulté de boucler un tour de table financier d'une telle ampleur dans un contexte de frilosité des investisseurs privés envers la filière européenne des batteries, qui peine à atteindre sa vitesse de croisière.
Une dépendance persistante aux sous-traitants asiatiques
Dans l'attente d'une solution pérenne, Tiamat continue de faire produire ses batteries par des sous-traitants basés en Asie. Une stratégie qualifiée de « par défaut » par son dirigeant, qui reconnaît que cette dépendance n'est pas une option sécurisante sur le long terme. Ce recours souligne le paradoxe d'une innovation française prometteuse qui, faute d'outils de production locaux, reste tributaire des capacités industrielles étrangères pour maintenir son activité.
Le positionnement stratégique du sodium
Bien que le sodium soit souvent présenté comme une solution pour les véhicules électriques abordables, la technologie de Tiamat cible prioritairement des usages où la densité énergétique est moins critique que la vitesse de recharge. L'entreprise se concentre sur le petit électroménager, l'outillage professionnel et le stockage stationnaire pour centres de données. Ce positionnement, bien que porteur, contraste avec les avancées chinoises, où des acteurs comme CATL préparent déjà une industrialisation massive du sodium pour le secteur automobile dès 2026.
Un signal d'alerte pour l'écosystème local
Le report de cette usine, située dans une région qui ambitionne de devenir une « Vallée de la batterie », illustre les difficultés structurelles rencontrées par les acteurs européens. Si l'impact immédiat sur le marché automobile est limité par le choix technologique initial de Tiamat, ce recul symbolise les défis persistants pour transformer l'innovation technologique en souveraineté industrielle concrète sur le continent.