La disparition forcée de l'avocat Abshir Ahmedsadak Abdi, survenue le 1er novembre à Nairobi, a déclenché une mobilisation sans précédent du barreau kenyan. Face au silence des autorités, la famille de la victime et la Law Society of Kenya (LSK) ont publiquement désigné plusieurs membres des forces de sécurité comme étant impliqués dans cet enlèvement, marquant une escalade dans la crise de confiance entre les auxiliaires de justice et l'appareil sécuritaire.
Identification des suspects et mise en cause des services de sécurité
La LSK a officiellement transmis aux autorités policières une liste nominative de fonctionnaires, incluant des agents de l'unité antiterroriste (ATPU) et des membres des forces de défense, soupçonnés d'avoir intercepté le véhicule de l'avocat sur Muchai Road. Parmi les individus cités figurent notamment Vitalis Kibet, Kennedy Kimani Karanja, Siad Mohammed, Abdurahman et Ali Hussein. Bien que les agences de sécurité nient détenir M. Abdi, ses confrères estiment que cet acte est une mesure de rétorsion liée à ses activités professionnelles, notamment sa défense dans des dossiers impliquant des hauts gradés de la police.
Un ultimatum pour le respect de l'État de droit
Le barreau a posé un ultimatum clair à la hiérarchie policière, incluant l'inspecteur général Douglas Kanja et le ministre de la Sécurité Kipchumba Murkomen. Si l'avocat n'est pas libéré et les suspects traduits en justice d'ici lundi, la LSK menace d'engager des poursuites privées et d'organiser une paralysie totale des activités judiciaires. Cette mobilisation, qui s'étend au-delà de Nairobi jusqu'à Nakuru, vise à dénoncer une tendance inquiétante aux exécutions extrajudiciaires et aux intimidations visant les officiers de justice.
La protection des libertés publiques comme enjeu central
Au-delà du cas individuel d'Abshir Abdi, les avocats soulignent un enjeu collectif majeur : la protection de l'indépendance de la profession face à l'arbitraire. La LSK a rappelé que les preuves de l'enlèvement, capturées par des caméras de surveillance, contredisent les tentatives de discréditer la victime en l'associant à des réseaux criminels. Pour le barreau, le maintien de l'État de droit au Kenya dépend désormais de la capacité des institutions à rendre des comptes sur ces pratiques, sous peine de voir la justice sombrer dans une insécurité généralisée.