La production kényane Subterranea, disponible sur la plateforme Showmax depuis 2024, marque une incursion audacieuse dans le genre de la science-fiction psychologique. À travers le huis clos de huit personnages enfermés dans un bunker, la série interroge les dynamiques sociales et les traumatismes contemporains du Kenya.
Un genre narratif en phase d'émergence
Le paysage audiovisuel kényan, traditionnellement dominé par les drames et les comédies familiales, voit avec Subterranea l'émergence d'un récit de genre ambitieux. Le scénariste et producteur Brian Munene souligne les défis techniques et financiers liés à cette production, tout en insistant sur la volonté de proposer un contenu capable de résonner avec le quotidien des spectateurs. L'objectif était de dépasser les conventions habituelles pour offrir une œuvre ancrée dans une réalité psychologique forte, malgré les contraintes inhérentes à un marché encore peu habitué aux codes de la science-fiction.
Le miroir des enjeux sociétaux contemporains
Au-delà de son cadre fictionnel, la série utilise le bunker comme un laboratoire pour explorer des thématiques souvent peu traitées à l'écran en Afrique de l'Est. Les trajectoires des huit protagonistes permettent d'aborder frontalement des sujets tels que les dérives sectaires, l'avortement, la dépression et les addictions. En choisissant des personnages représentatifs de la diversité kényane, les créateurs cherchent à donner une visibilité aux voix et aux difficultés que rencontrent de nombreux citoyens, transformant ainsi le divertissement en un espace de réflexion sociale.
La cohésion sociale face à l'urbanisation
Le réalisateur et producteur Likarion Wainaina lie la trame narrative de la série aux dynamiques de solidarité observées dans la société kényane actuelle, notamment à travers les mouvements de jeunesse récents. Le scénario interroge la capacité des individus, issus d'horizons ethniques, religieux et générationnels variés, à forger une communauté sous la pression. Cette mise en scène de l'entraide forcée sert de métaphore à l'effritement du lien social provoqué par l'urbanisation galopante, tout en soulignant la résilience collective comme moteur de survie.
Vers une nouvelle ère pour la création africaine
L'ambition des créateurs de Subterranea dépasse le cadre de leur projet personnel. Ils appellent à une diversification accrue des genres cinématographiques sur le continent, suggérant notamment l'exploitation du riche patrimoine des contes locaux à travers le prisme de la science-fiction. Cette volonté d'innover dans les formats narratifs pourrait ouvrir la voie à une production africaine plus audacieuse, capable de s'affranchir des formats classiques pour mieux explorer l'imaginaire du continent.