La santé mentale, un levier critique pour la stabilité sociale et le développement du Nigeria

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 18 lectures
La santé mentale, un levier critique pour la stabilité sociale et le développement du Nigeria

La dégradation de la santé mentale au Nigeria ne constitue pas seulement une crise sanitaire, mais une menace directe pour la cohésion nationale et la stabilité du pays. Selon le professeur Taiwo Lateef Sheikh, psychiatre à l'Université Ahmadu Bello, l'absence de prise en charge adéquate des traumatismes et des troubles psychologiques fragilise le tissu social et érode la confiance des citoyens envers les institutions publiques.

Un impératif de sécurité et de cohésion sociale

Le professeur Sheikh souligne que le bien-être psychologique est le socle du « capital social », indispensable au fonctionnement d'une nation. Dans un contexte marqué par l'insécurité, la précarité économique et la désintégration familiale, le manque de soutien psychologique empêche les individus de se projeter dans l'avenir. Cette détresse, souvent ignorée, se manifeste par une méfiance accrue envers l'État et une volonté croissante de la jeunesse de quitter le pays. L'expert insiste sur le fait que les traumatismes liés à la violence, s'ils ne sont pas traités, créent un cycle de méfiance intergénérationnelle qui entrave durablement la reconstruction des communautés.

L'urgence d'appliquer la loi de 2021

Face à ce constat, le spécialiste appelle le gouvernement fédéral nigérian à passer à l'action en mettant en œuvre la Loi sur la santé mentale de 2021. Ce texte législatif, qui demeure largement inexploité, doit servir de levier pour décentraliser les services de soins. L'objectif est de rendre l'accès à la santé mentale effectif au niveau communautaire, plutôt que de le limiter à des structures spécialisées inaccessibles pour la majorité de la population. Parmi les mesures prioritaires, le professeur Sheikh préconise la dépénalisation de la tentative de suicide, afin de privilégier une approche médicale et humanitaire plutôt que répressive.

Au-delà de l'économie, un enjeu de développement durable

L'analyse du professeur Sheikh rejette une vision purement comptable de la santé mentale. Si les troubles non traités pèsent sur la productivité, l'éducation et l'emploi, leur résolution est surtout une condition sine qua non à la paix et à la prospérité. Le psychiatre soutient que le développement ne peut reposer uniquement sur les infrastructures matérielles ; il nécessite une guérison des traumatismes collectifs pour permettre la réconciliation. En renforçant les réseaux de soutien social et en garantissant un accès équitable aux soins, le Nigeria pourrait non seulement améliorer la qualité de vie de ses 230 millions d'habitants, mais aussi restaurer le lien de confiance nécessaire à tout projet de développement durable.

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