La Russie réoriente sa diplomatie d'influence vers l'Afrique après des fermetures en série en Europe

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 27 lectures
La Russie réoriente sa diplomatie d'influence vers l'Afrique après des fermetures en série en Europe

Face à une vague de fermetures de ses centres culturels en Europe, Moscou accélère le déploiement de son réseau d'influence sur le continent africain. L'agence d'État Rossotrudnichestvo a officialisé l'ouverture prochaine de huit nouvelles « Maisons russes » en Afrique, marquant une volonté stratégique de renforcer les liens éducatifs et culturels dans une zone où l'influence russe s'est accrue ces dernières années.

Un redéploiement stratégique vers le Sud

Le 8 septembre, l'agence russe Rossotrudnichestvo a signé des accords pour l'ouverture de 11 nouveaux centres à l'étranger, dont huit seront situés en Afrique : au Kenya, en République démocratique du Congo, à Madagascar, au Mali, à Sao Tomé-et-Principe, au Sénégal, en Sierra Leone et au Togo. Cette expansion s'inscrit dans une dynamique de « doublement de la taille du réseau » affichée par la direction de l'agence. Ces structures, qui proposent des cours de langue et des bourses universitaires, servent de levier pour attirer les étudiants africains vers les universités russes, avec plus de 26 000 bourses attribuées pour l'année 2024-2025.

La fin d'un modèle en Europe

Cette offensive diplomatique intervient dans un contexte de retrait forcé en Europe. Depuis 2022, au moins 13 « Maisons russes » ont fermé leurs portes, principalement au sein de l'Union européenne. Des pays comme la Roumanie, la Slovénie ou la Moldavie ont mis fin aux activités de ces centres, invoquant des raisons allant de la désinformation à des tensions diplomatiques liées à l'invasion de l'Ukraine. En Allemagne, la fermeture récente du centre de Berlin a été actée suite à des accusations de sabotage et d'espionnage, bien que Moscou conteste systématiquement ces allégations, les qualifiant de mesures purement politiques.

Des centres au cœur des enjeux sécuritaires

Si la mission officielle des « Maisons russes » demeure la promotion de la langue et de la culture, leur rôle est régulièrement scruté par les services de renseignement occidentaux. Certains observateurs et gouvernements y voient des structures de couverture pour des activités d'espionnage ou de déstabilisation. En République centrafricaine, la porosité entre diplomatie culturelle et sécurité est particulièrement visible : la maison de Bangui est dirigée par une figure liée aux opérations de l'ex-groupe Wagner, illustrant une imbrication étroite entre influence douce et présence sécuritaire sur le terrain.

Une influence contestée

L'expansion de ce réseau ne fait pas l'unanimité. En Arménie, où deux nouveaux centres doivent ouvrir, des voix s'élèvent pour dénoncer une incapacité des autorités locales à endiguer l'influence russe. À l'inverse, Moscou s'appuie sur des pétitions citoyennes, notamment en Allemagne, pour contester la légitimité des fermetures imposées par les gouvernements européens. Malgré ces oppositions, la stratégie de Moscou semble désormais privilégier les partenariats avec des États africains, où le cadre réglementaire et politique offre un terrain plus favorable à l'implantation de ces centres de rayonnement culturel.

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