Un nouveau décret présidentiel autorise désormais l'État russe à placer sous gestion temporaire toute entreprise privée jugée incapable de se protéger efficacement contre les attaques de drones. Cette mesure, qui s'applique sans décision de justice préalable, cible un large éventail de secteurs stratégiques, de l'énergie à la logistique, en passant par les télécommunications.
Un périmètre d'intervention étendu
Le texte vise les infrastructures critiques, incluant les secteurs du combustible, de l'énergie nucléaire, des transports et des services publics. Le gouvernement se donne le pouvoir d'intervenir dès lors qu'il estime que les mesures de sécurité contre les incursions de drones sont insuffisantes ou défaillantes. Cette décision repose sur une instruction présidentielle, dont la nature peut être orale, et ne précise pas les critères techniques permettant d'évaluer la conformité des dispositifs de protection mis en place par les entreprises.
Risques de déstabilisation économique
Dans les milieux juridiques et économiques, cette directive suscite de vives inquiétudes. Des experts et des représentants d'entreprises dénoncent un outil de « nationalisation hybride » qui pourrait être détourné à des fins de conflits internes ou de saisies d'actifs. L'avocat Sergueï Ouchitel souligne que la notion de gestion « temporaire » est ambiguë : en pratique, elle prive les propriétaires de leur stratégie opérationnelle et les contraint souvent à céder leurs parts dans des conditions défavorables. Des sources au sein de grands groupes énergétiques craignent également que ce décret ne favorise des dénonciations abusives entre employés et directions.
Contexte d'intensification des frappes
Cette mesure intervient alors que les infrastructures russes subissent une pression accrue. Au cours du premier semestre 2026, les raffineries russes ont été visées à 194 reprises, soit une multiplication par onze des attaques par rapport à l'année précédente. Des plateformes logistiques majeures, telles que Wildberries et Ozon, ont également été ciblées à plusieurs reprises. Face aux risques de pénuries de carburant, le vice-Premier ministre Alexandre Novak a déjà enjoint aux compagnies pétrolières d'ajuster leur calendrier de maintenance, une directive désormais assortie de conséquences juridiques directes en cas de vulnérabilité constatée.
La position du gouvernement
Face aux critiques, le premier vice-Premier ministre Denis Mantourov a tenté de tempérer les inquiétudes en affirmant que le décret ne visait pas une nationalisation massive. Il a assuré que les interventions seraient sélectives et décidées au plus haut niveau de l'État. Selon lui, cette mesure vise uniquement les entreprises qui ne feraient pas de la sécurité de leurs installations et de leur personnel une priorité absolue dans le contexte actuel de conflit.