La Banque centrale du Nigeria (CBN) fait face à un défi majeur pour restaurer la confiance dans le naira, alors que l'économie subit une dollarisation croissante. Pour inverser cette tendance, les autorités doivent impérativement réaligner leurs outils de régulation monétaire avec une stratégie de maîtrise de l'inflation et une discipline budgétaire rigoureuse.
L'inefficacité des leviers monétaires actuels
La politique actuelle de la CBN, centrée sur le taux directeur (MPR) et des exigences de réserves obligatoires (CRR) élevées, peine à transmettre des signaux clairs au marché. Avec un taux de réserve de 45 % imposé aux banques commerciales, une part importante des dépôts est immobilisée, limitant ainsi la capacité de financement de l'économie réelle. Cette approche, couplée à des taux d'intérêt souvent inférieurs à l'inflation, incite les acteurs économiques à délaisser le naira au profit de devises étrangères ou d'actifs tangibles pour préserver leur pouvoir d'achat.
Le défi de la dollarisation partielle
Le phénomène de dollarisation, bien que partiel, témoigne d'une perte de contrôle de la CBN sur l'espace monétaire. Lorsque les citoyens perdent foi dans leur monnaie nationale, ils se tournent vers le dollar, réduisant l'efficacité des outils de la banque centrale. Pour contrer ce mouvement, la solution ne réside pas dans des mesures coercitives, mais dans la création d'un environnement où l'épargne en naira devient économiquement rationnelle. Cela nécessite des taux d'intérêt réels positifs et une cible d'inflation explicite et crédible à moyen terme.
La nécessité d'une discipline budgétaire
La stabilité du naira est intrinsèquement liée à la santé des finances publiques. La pratique consistant à utiliser la CBN pour financer les déficits budgétaires alimente directement l'inflation et la dépréciation monétaire. Une réforme profonde est nécessaire : le gouvernement doit réduire ses dépenses récurrentes, élargir l'assiette fiscale et mettre fin au recours systématique à la banque centrale comme source de financement. En somme, la valeur de la monnaie dépendra de la capacité de l'économie nigériane à produire davantage de biens et services exportables, plutôt que de simples interventions monétaires ponctuelles.