La reprise des importations d'oignons ravive le débat sur la protection des petits producteurs

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 83 lectures
La reprise des importations d'oignons ravive le débat sur la protection des petits producteurs

Le gouvernement a acté la reprise des importations d'oignons dès ce lundi 31 août 2026, mettant fin à sept mois de gel des frontières. Si cette mesure vise officiellement à prévenir une rupture d'approvisionnement et à stabiliser les prix, elle cristallise le mécontentement des petits producteurs, qui estiment que la politique actuelle favorise l'agrobusiness au détriment de l'agriculture familiale.

Une concurrence structurellement déséquilibrée

Pour les organisations paysannes, le gel des importations n'a pas atteint ses objectifs de protection. La disparité de rendement entre les petits exploitants, qui produisent environ 30 à 35 tonnes par hectare, et les acteurs de l'agrobusiness, capables d'atteindre 80 tonnes, crée une distorsion de marché. Avec des coûts de production oscillant entre 125 et 150 FCFA le kilogramme, les petits maraîchers peinent à maintenir des prix compétitifs face à des structures mieux équipées, capables de vendre à 175 FCFA/kg tout en conservant des marges confortables.

Le stockage, levier de pouvoir sur le marché

L'absence d'infrastructures de conservation adéquates, telles que des chambres froides, contraint les petits producteurs à brader leurs récoltes dès la sortie des champs pour éviter la péremption. À l'inverse, les grands opérateurs utilisent leurs capacités de stockage pour différer la vente, exerçant ainsi une influence directe sur les prix. Les producteurs pointent du doigt l'Agence de régulation des marchés (ARM), lui reprochant de ne pas réguler suffisamment le marché intérieur pour éviter que les grands opérateurs ne saturent le marché de produits de second choix, fragilisant davantage les petits exploitants.

Vers une refonte de la stratégie agricole

Au-delà de la gestion des importations, les acteurs de la filière réclament une transformation profonde de leur modèle économique. La dépendance aux semences importées, qui capte une part importante des ressources agricoles, est jugée insoutenable. Les producteurs plaident pour une politique nationale de production de semences et pour la création d'une organisation faîtière capable de mutualiser les équipements, de gérer le stockage et de négocier directement avec les circuits de distribution.

Sortir de l'alternance gel-importation

L'enjeu pour les paysans est de briser le cycle récurrent des ouvertures et fermetures de frontières, perçu comme une gestion à court terme. La structuration en coopératives fortes est présentée comme la solution pour réduire le nombre d'intermédiaires, sécuriser les revenus des producteurs et conserver une plus grande part de la valeur ajoutée au sein de l'économie nationale. Cette demande de souveraineté opérationnelle souligne l'urgence d'une politique publique qui ne se limiterait plus à la simple régulation des flux étrangers.

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