La représentation du monde en deux dimensions est au cœur d'une bataille diplomatique majeure, portée par les États africains. En dénonçant les biais de la projection de Mercator, qui minore artificiellement la taille des continents tropicaux, le Togo et ses partenaires ont obtenu une avancée significative à l'ONU pour une cartographie mondiale plus équitable.
L'héritage contesté de la projection Mercator
Conçue au XVIe siècle pour faciliter la navigation maritime, la projection de Gerardus Mercator est devenue la norme pédagogique mondiale. Pourtant, cette méthode mathématique comporte un défaut structurel majeur : elle déforme les proportions réelles des terres émergées. En privilégiant la conservation des angles, elle étire les régions proches des pôles tout en rétrécissant les zones tropicales. À titre d'exemple, le Groenland apparaît sur ces cartes avec une superficie comparable à celle de l'Afrique, alors qu'il est en réalité quatorze fois plus petit.
Une résolution onusienne pour la justice géographique
Le 4 septembre, les Nations unies ont adopté une résolution visant à promouvoir une cartographie plus fidèle à la réalité physique de la planète. Cette initiative, portée notamment par le Togo, repose sur une conviction politique forte : les cartes ne sont jamais neutres. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a souligné que ces outils de représentation, lorsqu'ils sont biaisés, perpétuent des inégalités et des perceptions erronées transmises de génération en génération. Le texte a recueilli un large consensus avec 164 voix pour, malgré l'opposition isolée des États-Unis.
La carte comme instrument de puissance politique
Au-delà de la précision scientifique, la cartographie demeure un levier d'influence et de propagande. L'usage politique des frontières et des noms de lieux illustre cette instrumentalisation, comme en témoignent les récentes décisions unilatérales de Donald Trump sur la toponymie nord-américaine ou la volonté de Vladimir Poutine de décréter 2027 « année de la géographie » en Russie. Ces manœuvres visent à légitimer des revendications territoriales, notamment en Ukraine. Cette réalité confirme qu'il n'existe pas de carte universellement « vraie », mais plutôt des projections qui reflètent les volontés politiques et les rapports de force de ceux qui les dessinent.