Le Maroc engage une transformation profonde du pilotage de ses établissements et entreprises publics (EEP) en substituant au contrôle financier uniforme une approche fondée sur la performance et la maîtrise des risques. Cette réforme, portée par la loi-cadre n°50-21, vise à moderniser la gouvernance du secteur public tout en optimisant l'usage des ressources nationales.
Une supervision modulée selon la maturité des entités
La Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation (DEPP) abandonne progressivement le modèle de contrôle unique pour une approche proportionnée. Désormais, le niveau de surveillance sera ajusté en fonction du profil et de la maturité de chaque établissement. Ce changement de paradigme impose une évaluation rigoureuse des missions, des risques et des résultats, s'appuyant sur des outils de reporting normés et une consolidation accrue des données. L'objectif est de permettre une meilleure articulation entre les impératifs de performance et les arbitrages stratégiques de l'État.
Professionnalisation et nouveaux standards de gouvernance
La réforme dépasse le cadre purement financier pour toucher à la structure même de la gestion publique. Le nouveau Code des bonnes pratiques de gouvernance, adopté en avril 2025, impose des exigences accrues en matière de professionnalisation des organes délibérants. L'intégration d'administrateurs indépendants et le renforcement du reporting ESG (Environnemental, Social et de Gouvernance) deviennent des piliers centraux. Dans cette dynamique, neuf EEP ont déjà intégré un dispositif de « contrôle d'accompagnement » en 2025, soutenu par un programme de la Banque mondiale doté de 350 millions de dollars.
Rationalisation et assainissement du portefeuille public
Au-delà du contrôle, l'État s'attelle à une restructuration globale de son portefeuille. Des secteurs stratégiques tels que l'habitat, l'enseignement supérieur, la logistique et la transition énergétique font l'objet d'analyses pour clarifier leurs missions et optimiser leurs moyens. Un enjeu majeur reste la liquidation des entités inactives : sur 92 structures concernées, seule une fraction est en cours de traitement effectif. Pour accélérer ce processus, la création d'une Instance centrale de liquidation est prévue afin d'unifier et de professionnaliser la sortie de ces entités du giron public, garantissant ainsi une meilleure efficacité globale du secteur.