Des chercheurs de l'université agricole de Nankin ont identifié les mécanismes génétiques qui bloquent jusqu'ici le croisement efficace entre les variétés de riz asiatique et africain. Cette avancée scientifique pourrait permettre de combiner la productivité élevée des espèces asiatiques avec la résilience climatique des variétés africaines.
Le mécanisme biologique de la stérilité
Le croisement entre le riz asiatique et le riz africain se heurte traditionnellement à une barrière biologique : la production systématique d'un pollen stérile. Les travaux publiés dans la revue Science révèlent l'existence de trois gènes, baptisés « lance », « bouclier » et « armure », qui régissent ce phénomène. La « lance » libère une protéine toxique capable d'endommager les cellules du pollen, tandis que le « bouclier » et l'« armure » agissent comme des mécanismes de neutralisation de cette attaque. La compréhension de cette interaction est le premier pas vers la levée de cette incompatibilité génétique.
Vers une nouvelle lignée hybride
Au-delà de l'identification de ces gènes, les scientifiques ont isolé une lignée de riz spécifique, capable de se croiser avec les deux espèces sans provoquer de stérilité. Cette découverte offre une solution technique pour contourner le verrou génétique observé jusqu'alors. L'objectif est de créer des hybrides capables de supporter la chaleur, la sécheresse et les sols pauvres, tout en conservant des rendements élevés. Les premières estimations suggèrent que ces nouvelles variétés pourraient accroître la production rizicole de plus de 10 %.
Un enjeu de sécurité alimentaire
Pour la Chine, qui doit assurer la subsistance d'un cinquième de la population mondiale avec moins de 10 % des terres arables disponibles, cette recherche revêt un caractère stratégique. Si le potentiel de rendement est prometteur, les chercheurs soulignent toutefois que le travail est loin d'être achevé. Avant toute mise en culture à grande échelle, des étapes supplémentaires sont nécessaires pour stabiliser la qualité des grains et confirmer la résistance réelle de ces hybrides face aux maladies. La viabilité commerciale et agronomique de ces nouvelles variétés reste donc le prochain point de vigilance pour les équipes de recherche.