Face à l'opacité entourant la gestion des financements internationaux destinés à la lutte contre Ebola, Kinshasa a décidé de durcir les règles. Soixante-douze structures de mise en œuvre sont désormais interdites d'opérer sur le terrain faute d'avoir justifié l'utilisation des fonds reçus.
Un audit strict des partenaires de terrain
Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a officialisé cette mesure le 15 octobre, soulignant qu'aucune organisation ne pourra désormais se déployer sans une accréditation officielle. Sur les 97 structures initialement engagées dans la riposte, seules 25 ont répondu aux exigences de transparence du gouvernement en fournissant les justificatifs nécessaires. Cette décision, portée par la Première ministre, marque une volonté de reprendre le contrôle sur la gestion des ressources allouées à la 17e épidémie d'Ebola, qui frappe actuellement sept provinces et 65 zones de santé dans l'est du pays.
Le défi de la traçabilité des financements
La question de la gestion financière est au cœur des tensions. Selon les autorités, les fonds décaissés par les bailleurs internationaux ne transitent pas par le Trésor public congolais, mais sont versés directement aux partenaires de mise en œuvre. Cette architecture financière complexe a rendu le suivi des ressources particulièrement difficile. Le Dr Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC, a récemment révélé un écart préoccupant : sur les 962 millions de dollars annoncés par les bailleurs, seuls 200 millions ont pu être retracés jusqu'aux structures actives sur le terrain.
Vers une redevabilité accrue des acteurs de santé
L'intervention d'Africa CDC renforce la position du gouvernement congolais. Le Dr Jean Kaseya a plaidé pour que la transparence devienne une condition sine qua non à toute intervention sanitaire. Pour les autorités, l'enjeu est double : il s'agit non seulement de garantir l'efficacité de la réponse face à une épidémie ayant déjà causé plus de 4 400 décès, mais aussi de restaurer la confiance vis-à-vis des partenaires internationaux. La suspension des 72 structures non accréditées constitue un signal fort envoyé aux organisations internationales et locales sur l'exigence de redevabilité désormais imposée par Kinshasa.