Une étude publiée dans la revue Science ouvre une voie inédite dans la prise en charge des patients atteints de cancer. Des chercheurs explorent le potentiel de la psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes, pour prévenir la neuropathie périphérique, un effet secondaire invalidant et fréquent des traitements par chimiothérapie.
Un enjeu majeur pour la qualité de vie des patients
La neuropathie périphérique touche environ 75 % des patients suivant une chimiothérapie. Cette complication se manifeste par des engourdissements, des picotements et, dans un tiers des cas, par des douleurs de brûlure persistantes. Au-delà de la souffrance physique, ces atteintes nerveuses peuvent entraîner des troubles de la marche et contraindre les oncologues à réduire ou interrompre les protocoles de soins, impactant directement les chances de survie des malades.
Le mécanisme de protection des nerfs
La découverte, initialement fortuite lors d'études sur des modèles murins, suggère que la psilocybine préserve l'intégrité des nerfs sensoriels. La substance stimulerait le transport des mitochondries, les centrales énergétiques des cellules, au sein des terminaisons nerveuses. En protégeant ces structures, la molécule empêcherait la dégradation des voies de communication nerveuse causée par les agents chimiothérapeutiques, tout en préservant l'activité électrique cérébrale sans interférer avec l'efficacité du traitement anti-tumoral.
Vers des essais cliniques humains
Le centre de cancérologie MD Anderson de l'université du Texas s'apprête à lancer un essai clinique à l'automne, avec un suivi prévu jusqu'en 2031. Les experts soulignent que l'effet protecteur ne semble pas lié aux propriétés hallucinogènes de la molécule, une version non psychotrope ayant démontré des résultats similaires en laboratoire. Cette distinction est cruciale pour le développement futur d'un traitement thérapeutique standardisé.
Mise en garde contre l'automédication
Malgré ces perspectives encourageantes, la communauté scientifique appelle à la plus grande prudence. Les chercheurs insistent sur les risques liés à l'automédication : la psilocybine possède un effet amplificateur qui, sans encadrement médical strict, pourrait aggraver la fragilité émotionnelle des patients cancéreux. L'efficacité et la sécurité de cette approche chez l'homme restent à démontrer rigoureusement avant toute application clinique généralisée.