Washington mise sur la propriété intellectuelle pour transformer l’économie créative africaine en un moteur de croissance durable. Une initiative américaine, présentée comme un levier stratégique, vise à renforcer les droits des créateurs locaux et à combler les pertes estimées à des centaines de millions de dollars par an dans des pays comme le Kenya et le Nigeria. L’enjeu ? Faire de la musique, du cinéma ou des logiciels bien plus que des produits culturels : des actifs économiques à part entière.
Une initiative américaine pour doper les industries créatives africaines
Lancée en marge des assemblées générales de l’OMPI à Genève, l’initiative « La Propriété intellectuelle au service de la croissance » s’est déployée à Lagos et Johannesburg en 2026. Son objectif : rapprocher les acteurs des secteurs créatifs – artistes, producteurs, entrepreneurs – des discussions sur la protection des droits d’auteur. Selon Katherine Hiner, attachée de l’USPTO pour l’Afrique subsaharienne, ces rencontres ont révélé un potentiel économique sous-exploité. « La musique n’est pas qu’un divertissement, c’est une activité économique », souligne-t-elle, citant des données de l’IFPI montrant une croissance à deux chiffres des marchés africains ces cinq dernières années.
Des milliards de dollars perdus faute de cadres juridiques adaptés
Les ateliers organisés par l’USPTO ont mis en lumière des lacunes majeures. Au Kenya et au Nigeria, 286 millions de dollars de recettes annuelles échappent chaque année aux créateurs en raison de systèmes de gestion des droits inefficaces. Aux États-Unis, les secteurs à forte intensité de propriété intellectuelle génèrent 44 % du PIB du secteur privé et soutiennent 44 % des emplois du même secteur. Un écart de rémunération de 130 % en moyenne sépare leurs salariés de ceux des secteurs moins protégés. Pour Katherine Hiner, ces chiffres prouvent que la valeur du droit d’auteur ne diminue pas avec le numérique, mais augmente – à condition de disposer de lois actualisées et d’institutions capables de les appliquer.
Trois axes pour une protection renforcée des créateurs
Les échanges de Lagos et Johannesburg ont identifié trois priorités. D’abord, améliorer la transparence dans la perception des revenus, notamment via les organismes de gestion collective. Ensuite, sensibiliser les artistes et le public aux droits et obligations liés à la propriété intellectuelle. Enfin, renforcer les moyens des autorités chargées de la lutte contre le piratage. Une opération récente, menée avec des partenaires internationaux, a permis de démanteler 1 000 sites pirates, révélant aussi les liens entre piratage et financement du crime organisé. Les « traités Internet » de l’OMPI, comme le WCT et le WPPT, sont présentés comme des outils clés pour adapter le cadre juridique à l’ère numérique.
L’Afrique face à l’IA : entre opportunités et défis juridiques
L’intelligence artificielle a occupé une place centrale dans les débats. Katherine Hiner insiste sur le rôle du droit d’auteur pour protéger les œuvres tout en encourageant l’innovation. Aux États-Unis, des doctrines comme le « fair use » pourraient servir de base pour équilibrer les intérêts des créateurs et des développeurs d’IA. Cependant, les questions juridiques restent complexes et varient selon les juridictions. L’initiative américaine, qui se poursuivra jusqu’en décembre 2026, prévoit un événement de clôture à Genève pour approfondir ces enjeux.
Renforcer la coopération entre offices de propriété intellectuelle
L’USPTO ne se limite pas au droit d’auteur. L’agence a signé avec le Ghana son premier Accord de délivrance accélérée de brevets (APG), permettant aux titulaires de brevets américains d’obtenir plus facilement une protection au Ghana. Cette coopération vise à simplifier les démarches pour les entreprises et à renforcer les capacités des offices africains, souvent confrontés à des ressources limitées. D’autres partenariats sont envisagés, notamment en matière de formation et de renforcement des institutions.