La proposition d'effacer une partie de la dette publique française, portée par le candidat à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, suscite une opposition ferme des autorités monétaires. Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, et la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, ont qualifié cette mesure d'illégale au regard des traités européens, tout en alertant sur ses conséquences économiques potentiellement déstabilisatrices.
Une incompatibilité juridique avec les traités européens
La controverse repose sur l'article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, qui interdit strictement le financement monétaire des États par les institutions centrales. Selon Emmanuel Moulin, toute tentative d'annulation constituerait une « violation pure » de ces textes fondateurs. Si certains partisans de cette mesure estiment que le terme « annulation » n'est pas explicitement proscrit, la position des instances monétaires est sans équivoque : une telle décision nécessiterait une interprétation juridique majeure, potentiellement tranchée par la Cour de justice de l'Union européenne.
Risques de sortie de la zone euro et instabilité financière
Au-delà de l'aspect légal, le gouverneur de la Banque de France souligne le risque systémique qu'une telle initiative ferait peser sur la France. Il compare la zone euro à une « copropriété » où le non-respect des engagements financiers pourrait conduire à une exclusion de fait du pays. Sur le plan macroéconomique, cette stratégie est jugée « dangereuse » : elle pourrait engendrer une poussée inflationniste et une hausse immédiate des taux d'intérêt, rendant l'accès aux marchés financiers plus complexe et onéreux pour l'État français.
L'inefficacité budgétaire d'une annulation comptable
Emmanuel Moulin conteste également la pertinence économique d'une telle manœuvre. Selon lui, l'annulation ne libérerait aucune marge de manœuvre réelle pour les finances publiques. Il explique que supprimer 500 milliards d'euros de dette au passif de l'État reviendrait à créer un déficit équivalent au bilan de la Banque de France. Cette opération, qualifiée d'« inutile », ne permettrait pas de réduire le déficit budgétaire structurel, tout en fragilisant la crédibilité financière de la France auprès de ses partenaires et des investisseurs internationaux.