Une campagne de désinformation systématique exploite les images de soldates ukrainiennes pour attirer des millions de clics vers des chaînes pro-Kremlin, tout en normalisant la violence sexuelle comme arme de guerre.
Des photos de militaires transformées en appâts numériques
Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, plus de 6 500 publications Telegram ont utilisé les visages de soldates ukrainiennes pour promettre des vidéos de viols ou d’exécutions. Ces annonces, souvent accompagnées de liens vers des chaînes privées, ont généré plus de 65 millions de vues. Les images, récupérées sur des réseaux sociaux ou des archives militaires, sont détournées pour alimenter une propagande visant à humilier l’ennemi et à monétiser l’indignation.
Un réseau de désinformation structuré et lucratif
Trois chaînes Telegram majeures, créées en moins de 72 heures après le 24 février 2022, ont servi de relais à cette campagne. L’une d’elles, Pryamoy Efir Novosti, affiche près de 4 millions d’abonnés et diffuse des contenus pro-Kremlin tout en vendant des espaces publicitaires à des banques russes sanctionnées. Les tarifs varient de 40 000 à 500 000 roubles par annonce, selon le niveau de violence des messages. Malgré la suppression de 5 400 publications, de nouvelles apparaissent quotidiennement, certaines automatisées pour amplifier leur portée.
L’impuissance des victimes face à la machine de propagande
Les femmes dont les images sont utilisées, comme Keti Leshkasheli ou Lesia Palahniuk, dénoncent l’absence de recours efficace. Les signalements auprès de Telegram restent sans réponse, et les plaintes officielles n’ont aucun effet. Oleksandra, une volontaire russe engagée aux côtés de l’Ukraine, a vu ses photos détournées et son visage superposé à des corps nus sur des dizaines de plateformes. « À un moment, j’ai cessé de réagir », confie-t-elle. Ces pratiques laissent les victimes avec un sentiment d’impuissance et une stigmatisation durable.
Une stratégie alignée sur les objectifs du Kremlin
Selon des experts comme Valentyna Shapovalova, cette campagne « vend la promesse de violence sexualisée comme un divertissement » pour capter l’attention et servir les intérêts de guerre de Moscou. En normalisant ces discours, le réseau pro-russe renforce la déshumanisation de l’Ukraine et justifie, dans l’esprit de certains, les exactions commises sur le terrain. Malgré les restrictions imposées à Telegram en Russie, l’application reste accessible via VPN, prolongeant ainsi l’impact de cette guerre hybride.