Une nouvelle forme de désinformation médicale se développe sur YouTube, où des avatars générés par intelligence artificielle (IA) usurpent l'identité de professionnels de santé pour diffuser des conseils douteux. Ce phénomène, qui cible prioritairement les personnes âgées, soulève des inquiétudes majeures quant à la sécurité des patients et à l'intégrité des informations diffusées en ligne.
Une stratégie de manipulation ciblée
Le mode opératoire est rodé : des vidéos mettent en scène des avatars en blouse blanche, dotés de voix synthétiques apaisantes, qui alertent les spectateurs sur des risques sanitaires imaginaires ou exagérés. En utilisant des titres alarmistes, ces contenus incitent les seniors à adopter des remèdes naturels non validés ou, plus grave encore, à interrompre des traitements médicaux prescrits. Des témoignages d'utilisateurs indiquent que certains spectateurs ont déjà modifié leur suivi thérapeutique, comme le remplacement de médicaments contre l'acidité gastrique par des solutions alimentaires non adaptées.
Un modèle économique lucratif basé sur l'usurpation
Derrière cette prolifération se cache un business model structuré. Des formateurs en ligne proposent des tutoriels pour apprendre à créer ces vidéos, promettant des revenus mensuels substantiels grâce aux vues et à la vente de produits dérivés ou d'e-books. L'enquête a révélé l'existence de dizaines de chaînes utilisant l'image et la voix de véritables médecins sans leur consentement. Cette pratique, en plus de constituer une violation du droit à l'image, expose les créateurs à des poursuites pénales pour usurpation d'identité et mise en danger de la vie d'autrui.
Les limites de la modération des plateformes
Si YouTube impose désormais des mentions signalant l'usage de l'IA, ces avertissements ne suffisent pas toujours à protéger un public vulnérable qui peine à distinguer le réel du virtuel. Bien que Google ait commencé à supprimer certaines chaînes totalisant des dizaines de millions de vues après des signalements, le défi reste immense. Les experts médicaux alertent sur les conséquences potentiellement fatales de ces conseils, soulignant qu'aucune technologie ne peut remplacer un diagnostic clinique rigoureux et un suivi médical personnalisé.
Un enjeu de littératie numérique
Au-delà de la responsabilité des plateformes, cet essor de la désinformation par IA met en lumière le besoin urgent d'éducation aux médias pour les populations les plus exposées. De nombreux seniors, bien qu'actifs sur les réseaux sociaux, se trouvent démunis face à la sophistication des outils de synthèse vocale et visuelle. La lutte contre ce phénomène nécessite une action coordonnée entre les régulateurs, les plateformes de diffusion et les acteurs de la santé publique pour endiguer la propagation de ces contenus avant qu'ils n'entraînent des dommages irréversibles sur la santé des populations.