La récente prise de contrôle de l'île de Perim et de la ville portuaire de Mokha par les forces houthies marque une escalade majeure dans le conflit yéménite. En s'emparant de ces positions stratégiques, le groupe renforce son emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, un passage maritime crucial où transite environ un quart du trafic mondial de marchandises.
Une emprise accrue sur une artère vitale
Le détroit de Bab el-Mandeb, long de 115 km, est devenu un point de bascule pour l'économie mondiale. Avec la fermeture effective du détroit d'Ormuz, cette voie reliant l'océan Indien à la mer Rouge est devenue le corridor principal pour l'approvisionnement énergétique de l'Occident. Environ 12 % du pétrole mondial et 8 % du gaz naturel liquéfié (GNL) y transitent quotidiennement. Pour l'Arabie saoudite, le contrôle de cette zone est particulièrement critique, le pays y faisant transiter son pétrole brut via un oléoduc vers le port de Yanbu.
Conséquences humanitaires et instabilité régionale
L'offensive houthie a provoqué un exode massif des populations locales, avec au moins 46 000 personnes déplacées selon les Nations Unies. Les combats intenses ont également poussé des centaines de civils à fuir vers Djibouti. Cette situation humanitaire alarmante s'inscrit dans un conflit qui, depuis 2014, a causé plus de 150 000 morts. La reprise des hostilités, après une période de calme relatif, fragilise davantage un pays déjà exsangue et menace de déstabiliser durablement la Corne de l'Afrique.
Risques pour le commerce et les prix de l'énergie
Si les Houthis assurent ne cibler que les navires liés à l'Arabie saoudite, les compagnies maritimes internationales restent en alerte maximale. Les antécédents du groupe, qui a multiplié les attaques contre des navires commerciaux durant la guerre de Gaza, alimentent les craintes d'un blocage similaire à celui du canal de Suez en 2021. Une telle interruption paralyserait les chaînes d'approvisionnement mondiales et entraînerait une flambée des prix du pétrole, déjà sous tension. Les analystes soulignent qu'une mainmise totale sur ce détroit offrirait un levier géopolitique majeur à l'Iran, accentuant les risques de confrontation directe dans une région où la sécurité maritime est devenue une priorité absolue pour les puissances mondiales.