L’OTAN craint qu’une victoire de Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle française de 2027 ne fragilise durablement la sécurité européenne, alors que l’Alliance tente de compenser le désengagement américain et la menace russe.
L’OTAN sous pression : la France, maillon faible de l’Europe de la défense ?
Alors que l’Alliance atlantique cherche à renforcer la cohésion européenne face à l’agressivité russe et au retrait progressif des États-Unis, l’élection présidentielle française de 2027 s’impose comme un nouveau casse-tête. Deux candidats en tête des sondages, Marine Le Pen (Rassemblement National) et Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise), ont clairement affiché leur volonté de s’éloigner de l’OTAN, voire de quitter l’organisation. Une telle orientation pourrait bouleverser l’équilibre géopolitique du continent, alors que l’Europe tente de prendre davantage de responsabilités militaires.
Marine Le Pen : une sortie de l’OTAN qui marginaliserait Paris
La candidate d’extrême droite propose le retrait de la France du commandement militaire intégré de l’OTAN, une mesure qui, selon les experts, équivaudrait à une sortie de fait. « La France deviendrait un allié de troisième zone, sans accès aux renseignements ni participation aux décisions », explique Guillaume Ancel, ancien officier et analyste. Camille Grand, ex-ambassadeur français auprès de l’OTAN, souligne que ce départ priverait Paris d’un rôle clé, comme le Commandement allié Transformation, et créerait un vide stratégique sur le flanc oriental de l’Alliance, de l’Estonie à la Roumanie. Une perte d’influence majeure pour un pays doté de l’arme nucléaire.
Mélenchon et l’illusion du « non-alignement coopératif »
Du côté de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon défend une sortie du traité transatlantique au profit d’une position de « non-alignement coopératif », incluant une coopération renforcée avec la Chine. Une posture jugée incohérente par les observateurs, la Chine n’étant pas un partenaire militaire fiable. « Si nous quittons les alliances multilatérales, nous perdons la puissance du collectif », rappelle Ancel, citant l’exemple des équipements coûteux comme les AWACS, accessibles grâce à la mutualisation des moyens au sein de l’OTAN. Une sortie affaiblirait aussi le soutien européen à l’Ukraine, pilier de la résistance face à Moscou.
Un risque de déstabilisation européenne et de rapprochement avec Moscou
Au-delà des aspects militaires, une France moins engagée dans l’OTAN pourrait fragiliser la cohésion européenne sur l’Ukraine et inciter Washington à se désengager davantage. Certains craignent aussi des « liens ambigus » entre des responsables français et Moscou, risquant de faire de la France un partenaire moins fiable, à l’image de la Hongrie sous Viktor Orbán. « C’est la défense de toute l’Europe qui serait déstabilisée », alerte Ancel, évoquant les « rêves de Poutine » de voir s’effondrer les alliances européennes. Le ministre finlandais de la Défense, Antti Häkkänen, a d’ailleurs appelé Paris à maintenir une « ligne politique ferme » pour préserver la stabilité de l’Alliance.