Le Rassemblement National affiche des divergences croissantes entre sa présidente, Marine Le Pen, et son chef, Jordan Bardella, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Sur des sujets aussi sensibles que les retraites ou le port du voile, le tandem affiche désormais des positions distinctes, tandis que le départ du conseiller économique François Durvye a ravivé les questions sur la cohésion du parti.
Des désaccords sur les retraites et le voile
Jordan Bardella et Marine Le Pen ne partagent plus la même ligne sur plusieurs dossiers majeurs. Sur les retraites, la candidate veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, voire 60 ans pour certains travailleurs ayant commencé jeune, tandis que Bardella avait défendu la suppression de l'âge légal et l'introduction d'une part de capitalisation. Sur le voile, Marine Le Pen défend désormais son interdiction dans l'espace public, alors que Jordan Bardella s'est montré plus prudent sur cette proposition.
Le départ de François Durvye et ses versions contradictoires
Le départ de François Durvye, conseiller économique de Marine Le Pen, a mis en lumière des versions différentes entre les deux camps. Jordan Bardella a qualifié ce départ de décision « personnelle ». Selon Libération, l'ancien conseiller aurait poussé Marine Le Pen, le 7 juillet, à se déclarer candidate à la présidentielle malgré sa condamnation, une attitude que cette dernière aurait considérée comme un « acte de déloyauté ».
Un équilibre stratégique analysé par les politologues
Le politologue Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'IRIS et directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, estime que ces différences ne traduisent pas nécessairement une rupture. Il souligne que les deux dirigeants incarnent « deux générations distinctes et deux sensibilités différentes » et rappelle le précédent de Bruno Mégret, dont la tentative de scission du Front national dans les années 1990 s'était soldée par un échec. « Rompre avec la structure existante conduirait à l'isolement », prévient-il.
Les enjeux d'une cohabitation ou d'une défaite
Jordan Bardella assume cette singularité, résumant au micro de BFMTV : « Nous sommes un tandem, un duo, mais nous ne sommes pas un couple. » Pour Jean-Yves Camus, le président du RN « gagne à jouer la montre » en choisissant la loyauté tout en laissant apparaître ses nuances. En cas de victoire de Marine Le Pen, Bardella pourrait accéder à Matignon à seulement 31 ans, ce qui pourrait préfigurer « d'importantes difficultés de gouvernance ». En cas de défaite, il disposerait d'une légitimité pour défendre une nouvelle orientation du parti.