La persistance de l'achat de votes lors des périodes électorales dans la région de Savannah, au Ghana, trouve ses racines dans des vulnérabilités structurelles profondes. Selon Alijata Haruna, reine mère de la zone traditionnelle de Damongo, la précarité financière et le manque d'accès à l'éducation poussent de nombreuses femmes à accepter des gratifications matérielles en échange de leur suffrage.
Le poids de la pauvreté sur le choix électoral
Lors du forum « Democracy Is Not For Sale » organisé à Damongo, Alijata Haruna a souligné que pour une partie importante de la population féminine locale, les besoins immédiats priment sur les considérations liées à l'intégrité du processus démocratique. La distribution d'argent ou de biens de consommation par des acteurs politiques est perçue par ces électrices non pas comme une manœuvre de corruption, mais comme une réponse ponctuelle à une détresse économique réelle. Dans ce contexte, refuser une aide financière devient un choix difficile, voire impossible, pour des femmes confrontées à une survie quotidienne précaire.
L'analphabétisme comme frein à l'autonomie politique
Au-delà de la pauvreté, la reine mère identifie le taux élevé d'analphabétisme parmi les femmes de la région de Savannah comme un facteur aggravant. Ce déficit d'éducation limite la capacité des citoyennes à appréhender les enjeux politiques à long terme et à se prémunir contre les stratégies de manipulation électorale. L'absence d'opportunités d'emploi stables renforce cette dépendance vis-à-vis des largesses des candidats, transformant l'acte de vote en un simple mécanisme de transaction immédiate plutôt qu'en une expression libre de choix politique.
Vers une réforme des conditions socio-économiques
Pour Alijata Haruna, la lutte contre l'achat de votes ne peut se limiter à des campagnes de sensibilisation ou à des appels à la moralité. Elle exige une intervention structurelle visant à améliorer les conditions de vie des femmes. L'autonomisation économique et l'accès accru à l'éducation sont présentés comme les leviers indispensables pour restaurer l'intégrité du vote. En s'attaquant aux causes profondes de la vulnérabilité sociale, les autorités pourraient, selon elle, réduire l'influence des pratiques clientélistes qui minent actuellement la crédibilité du processus démocratique dans la région.