Les violences xénophobes en Afrique du Sud, loin d'être des incidents isolés, s'inscrivent dans un cycle récurrent qui fragilise la cohésion du continent. Malgré les espoirs nés de la fin de l'Apartheid, le pays peine à endiguer des tensions sociales exacerbées par une rhétorique politique populiste et des inégalités structurelles persistantes.
Un cycle de violence ancré dans le temps
Depuis 1994, l'Afrique du Sud est régulièrement le théâtre d'attaques visant les ressortissants étrangers, avec un pic notable en 2008. Selon les données de Xenowatch, environ 50 personnes ont perdu la vie au cours des trois dernières années dans des incidents liés à la xénophobie. Entre juin et août 2024, huit décès ont été officiellement recensés, incluant des ressortissants nigérians et ghanéens. Ces violences, qui se manifestent par des lynchages et la destruction de commerces, révèlent une incapacité chronique des autorités successives à protéger les populations immigrées.
L'instrumentalisation politique du ressentiment
Le discours politique sud-africain, particulièrement lors des élections de 2024, a largement contribué à faire des immigrés les boucs émissaires d'un taux de chômage atteignant 33,6 %. En accusant les étrangers de saturer les services publics et de monopoliser les emplois, certains responsables politiques détournent l'attention des échecs structurels de l'État. Cette stratégie occulte une réalité économique plus complexe : si les immigrés sont pointés du doigt, la concentration du pouvoir économique et de la propriété privée reste, 32 ans après la fin de l'Apartheid, largement dominée par la minorité blanche, comme en témoignent les données sur l'équité en matière d'emploi.
Le silence coupable des instances régionales
Face à cette crise, l'Union africaine et les dirigeants du continent sont critiqués pour leur passivité. Alors que le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a porté le sujet devant l'Union africaine pour une discussion prévue en 2027, de nombreux observateurs jugent cette réponse insuffisante face à l'urgence de la situation. Le président Cyril Ramaphosa, bien que bénéficiaire historique des programmes d'autonomisation économique, est perçu comme hésitant à prendre une position ferme, craignant sans doute de s'aliéner une partie de son électorat ou de fragiliser les intérêts des élites économiques locales.
Déconstruire le mythe du « vol d'emploi »
Les chiffres officiels contredisent pourtant le narratif de l'invasion étrangère. Sur une population de 65 millions d'habitants, l'Afrique du Sud compte environ 2,63 millions d'immigrés, dont la grande majorité provient de la région de la SADC. Les ressortissants nigérians, souvent ciblés par les discours les plus virulents, ne représentent qu'environ 1 % de la population immigrée totale. Cette distorsion entre la réalité statistique et la perception publique souligne l'ampleur du travail de régulation sociale nécessaire pour apaiser les tensions dans des zones urbaines comme Gauteng ou le KwaZulu-Natal.