Neuf ans après la campagne génocidaire lancée par l'armée du Myanmar en 2017, la situation des Rohingyas demeure critique. Alors que plus de 1,2 million de personnes survivent dans des camps au Bangladesh, une nouvelle vague de persécutions dans l'État de Rakhine menace d'effacer définitivement cette communauté de son territoire d'origine.
La mutation de la violence dans l'État de Rakhine
Le paysage sécuritaire dans l'État de Rakhine a été bouleversé par la montée en puissance de l'Arakan Army (AA), qui contrôle désormais la majeure partie de la région. Loin d'apporter un répit, ce changement de contrôle a exacerbé les souffrances des civils rohingyas. Des rapports font état de massacres ciblés, de recrutements forcés et de restrictions sévères à la liberté de mouvement. Cette dynamique, marquée par la confiscation des terres et la destruction des villages, s'inscrit dans une stratégie délibérée visant à empêcher tout retour des populations déplacées et à effacer l'identité rohingya du territoire.
L'impasse humanitaire et le risque d'abandon
Face à l'intensification des violences, plus de 150 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh depuis fin 2023. Cet exode se heurte à une réduction drastique du financement humanitaire international, entraînant la fermeture de centres d'apprentissage et la suppression de services essentiels dans les camps de Cox's Bazar. Pour ceux qui tentent de fuir par la mer, les risques sont mortels, comme en témoigne le naufrage récent de deux embarcations transportant plus de 500 personnes. Cette génération, privée d'éducation et d'avenir, se retrouve prise au piège entre une persécution active dans son pays et une précarité extrême en exil.
Le décalage entre procédures judiciaires et réalité terrain
Si des avancées juridiques notables sont enregistrées, notamment via les mandats d'arrêt émis par la justice argentine contre des responsables militaires birmans et la procédure en cours devant la Cour internationale de Justice (CIJ), leur impact reste limité. La lenteur de la justice internationale contraste avec l'urgence de la situation sur le terrain. Les organisations de défense des droits humains appellent désormais à une action coordonnée des États : application effective des mandats d'arrêt, sanctions ciblées contre l'Arakan Army et l'armée birmane, et rétablissement des flux d'aide humanitaire.
L'exigence de droits fondamentaux
Pour les Rohingyas, la justice ne se résume pas à des verdicts dans des tribunaux internationaux. Elle est indissociable de la reconnaissance de leur citoyenneté, de la restitution de leurs terres et de la garantie de vivre en sécurité au Myanmar. Sans une pression internationale accrue sur les acteurs locaux et le Conseil de sécurité des Nations unies, le risque est réel que les décisions de justice interviennent alors qu'il ne restera plus de population rohingya à protéger sur le sol birman.