Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et en Europe de l'Est provoquent une raréfaction du carburant marin, essentiel au transport mondial de marchandises. Cette crise d'approvisionnement, couplée à des choix stratégiques des raffineries, menace d'alourdir durablement les coûts du fret et de fragiliser les chaînes logistiques internationales.
L'impact des conflits sur les routes maritimes
La guerre entre les États-Unis et l'Iran, ainsi que le conflit russo-ukrainien, ont paralysé des artères maritimes vitales. Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole et du gaz mondial avant le début des hostilités, est devenu une zone de haute tension. Parallèlement, les attaques en mer Rouge et les frappes ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières russes ont réduit drastiquement les exportations de brut. Selon les données de Kpler, les exportations de fioul lourd depuis le Moyen-Orient ont chuté de 45 % en glissement annuel entre mars et août, tandis que les exportations russes ont atteint un niveau historiquement bas en août.
La priorité aux marges sur le diesel
Au-delà des contraintes géopolitiques, la pénurie est accentuée par une réorientation des capacités de raffinage. Les raffineurs privilégient désormais la production de diesel, d'essence et de kérosène, dont la rentabilité est nettement supérieure à celle du fioul lourd utilisé par les navires. En utilisant des unités de traitement secondaire pour transformer les résidus lourds en produits à plus haute valeur ajoutée, les industriels retirent mécaniquement des volumes importants du marché du carburant marin. Des installations majeures, comme la raffinerie Dangote au Nigeria, illustrent cette tendance en augmentant leurs exportations de carburants légers au détriment du fioul lourd.
Risques pour l'économie mondiale
Les conséquences de cette rareté se font déjà sentir dans les principaux hubs logistiques. À Singapour, premier centre mondial de soutage, le prix du carburant à très faible teneur en soufre a bondi de 76 % depuis le début du conflit avec l'Iran. Les stocks dans les zones clés comme Amsterdam-Rotterdam-Anvers et Fujairah sont également en baisse, se situant environ 30 % en dessous de leurs moyennes saisonnières sur trois ans. Cette situation crée un risque systémique : si le coût du transport maritime devient prohibitif, certains flux commerciaux pourraient tout simplement cesser d'être viables économiquement, perturbant ainsi l'interdépendance des chaînes d'approvisionnement mondiales.