Dans son ouvrage « La Pensée piétinée », l'essayiste Olivier Mannoni dénonce une offensive méthodique menée par la droite extrême et l'extrême droite contre les institutions culturelles, l'éducation et la science. L'auteur y décrit une volonté délibérée de réduire l'espace de la création libre pour imposer une vision politique uniforme, s'appuyant sur des leviers économiques et médiatiques croissants.
Une stratégie de conquête et de contrôle
Pour Olivier Mannoni, le combat engagé ne relève pas d'une simple « guerre culturelle » classique, mais d'une entreprise visant à neutraliser la pensée vivante. L'auteur pointe du doigt l'influence de grands acteurs économiques, notamment des milliardaires, qui redessinent le paysage médiatique et audiovisuel. Cette concentration des moyens, illustrée par des rachats de maisons d'édition ou de sociétés de production, permet de fragiliser les structures indépendantes et de soumettre la création à des impératifs de rentabilité ou d'idéologie, transformant ainsi le secteur en un outil de soft power politique.
Le rôle des coupes budgétaires et de la précarisation
L'essai met en lumière la convergence entre les pressions politiques et les coupes budgétaires subies par le secteur culturel. Mannoni soutient que la recherche systématique de rentabilité économique prépare le terrain à un effondrement du modèle actuel. En affaiblissant les institutions publiques et les acteurs indépendants, cette dynamique facilite, selon lui, une future mainmise de l'extrême droite sur les codes culturels, une fois les structures existantes démantelées ou décrédibilisées.
Résistance et enjeux démocratiques
Malgré ce constat alarmant, l'auteur refuse le fatalisme. Il souligne que la fragilité des régimes autoritaires réside dans leur incapacité à appréhender la complexité du réel. Des initiatives de résistance, telles que la création de médias libres ou la mobilisation d'auteurs et d'éditeurs face aux concentrations de pouvoir, témoignent d'une volonté de préserver l'indépendance intellectuelle. Mannoni conclut sur la nécessité de « recréer le temps de la pensée » face à une information devenue liquide et à une technologie qui, selon lui, encourage une forme de paresse cérébrale, rappelant que la culture demeure le pilier indispensable de l'État de droit.