La Norvège pourrait devenir le premier pays à interdire les lunettes connectées équipées de caméras et de microphones. Face aux enjeux croissants de surveillance et de protection des données personnelles, le gouvernement norvégien cherche à instaurer un cadre législatif strict pour ces dispositifs.
Une réponse aux dérives de la reconnaissance faciale
La ministre norvégienne de la Numérisation et de la Gouvernance publique, Karianne Tung, a exprimé fin août sa volonté de réguler fermement les objets connectés dotés de capacités d'enregistrement. Au cœur des préoccupations figure la fonction « Name Tag » développée par Meta, conçue pour identifier automatiquement des individus dans l'espace public en reliant leur visage à des profils numériques. Cette technologie soulève des questions majeures sur le consentement et le droit à l'anonymat dans l'espace public, poussant les autorités norvégiennes à envisager une interdiction pure et simple de ces équipements.
La question du traitement des données par des tiers
Au-delà de l'identification automatique, les pratiques de collecte de données par les géants de la tech sont scrutées. Des révélations récentes ont mis en lumière le rôle de sous-traitants, notamment la société Sama basée au Kenya, dans le visionnage de séquences filmées par les lunettes Meta. Ces images, destinées à l'entraînement de systèmes d'intelligence artificielle, incluaient parfois des scènes intimes capturées sans le consentement des personnes filmées. Bien que Meta ait mis fin à ce partenariat spécifique, l'incident a renforcé la méfiance des régulateurs européens quant à la gestion des flux vidéo captés par les utilisateurs.
Vers une surveillance continue
L'inquiétude des autorités est exacerbée par les perspectives technologiques de Meta, qui travaillerait sur de nouveaux modèles de lunettes capables d'enregistrer en continu l'environnement visuel et sonore de leur porteur. Cette capacité d'enregistrement permanent, couplée à des algorithmes d'analyse faciale, représente un changement de paradigme dans la surveillance de proximité. Pour la Norvège, l'enjeu est désormais de définir si le bénéfice technologique de ces objets peut justifier une telle intrusion dans la sphère privée, ou si une interdiction législative est nécessaire pour protéger les libertés individuelles face à une technologie jugée trop invasive.