Le fonds souverain norvégien, pesant 2 000 milliards d'euros, pourrait prochainement réintégrer des géants de la défense tels qu'Airbus, Boeing ou Lockheed Martin dans son portefeuille d'investissement. Une commission gouvernementale a préconisé d'assouplir les règles éthiques actuelles, qui excluent les entreprises impliquées dans la fabrication d'armes nucléaires, afin de permettre au fonds de soutenir des acteurs stratégiques pour la sécurité nationale.
Un virage stratégique pour la sécurité alliée
La proposition, portée par une commission présidée par l'ancien gouverneur de la banque centrale Svein Gjedrem, vise à lever l'interdiction d'investir dans des fabricants d'armes nucléaires, à condition que ces entreprises soient basées dans des États dotés de l'arme nucléaire reconnus par le Traité sur la non-prolifération (TNP) et membres de l'OTAN. Cette mesure permettrait au fonds de réintégrer des groupes britanniques, français et américains, actuellement écartés en raison de leurs activités nucléaires.
Le paradoxe de la sécurité nationale
Le ministre des Finances, Jens Stoltenberg, a mis en avant une contradiction majeure dans la politique actuelle du fonds. Selon lui, il est paradoxal que le pays s'interdise d'investir dans des entreprises jugées cruciales pour sa propre sécurité, dans un contexte géopolitique marqué par les menaces nucléaires russes et l'expansion de l'arsenal chinois. Cette révision des lignes directrices éthiques est perçue comme une nécessité pour aligner les intérêts financiers du fonds sur les impératifs de défense de la Norvège.
Réforme de la gouvernance et débats politiques
Outre l'élargissement des investissements, le rapport suggère une modification du fonctionnement du Conseil de l'éthique, l'organe indépendant qui supervise les exclusions. Si le conseil conserverait son rôle d'évaluation des risques éthiques, il perdrait sa capacité à recommander directement l'exclusion d'entreprises du portefeuille. Cette réforme suscite déjà des oppositions, notamment au sein des partis de gauche qui dénoncent une décision jugée contraire aux valeurs éthiques historiques du fonds.
Prochaines étapes législatives
Le document de 434 pages est désormais soumis à une consultation publique jusqu'au 15 janvier. Le gouvernement norvégien devra ensuite présenter son analyse au parlement au printemps prochain. Le fonds, qui détient environ 1,5 % des actions cotées dans le monde, maintient toutefois ses autres critères d'exclusion, notamment ceux concernant les armes biologiques, chimiques, les mines antipersonnel, le tabac ou encore le charbon.