La composition du nouveau conseil de campagne du parti au pouvoir, l'All Progressives Congress (APC), en vue de l'élection présidentielle de 2027, provoque une vive controverse au Nigeria. L'intégration de hauts responsables de l'administration fiscale et budgétaire au sein de cette structure partisane soulève des questions majeures sur la neutralité des institutions publiques et le respect des règles d'éthique administrative.
Une polémique sur le cumul des fonctions
Le conseil de campagne, fort de 108 membres, place le président Bola Tinubu à sa tête, assisté par le vice-président Kashim Shettima. Cependant, ce sont les nominations de Zacch Adedeji, président du Nigeria Revenue Service (NRS), en tant que directeur adjoint de la collecte de fonds, et de Taminu Yakubu, directeur général du Budget, au poste de trésorier, qui cristallisent les critiques. Pour de nombreux observateurs, ces fonctions au sein d'une machine électorale sont incompatibles avec la gestion impartiale des finances de l'État.
La menace d'une action en justice
Dino Melaye, ancien sénateur et figure de l'opposition, a annoncé son intention de saisir la justice pour contester la nomination de Zacch Adedeji. Selon lui, cette double casquette constitue un conflit d'intérêts manifeste et une violation des règles de la fonction publique. L'ancien parlementaire dénonce également le caractère inédit et « démesuré » de ce conseil de campagne, dont la structure, dirigée par le président sortant lui-même, témoignerait selon lui d'une fragilité interne au sein de la formation politique au pouvoir.
L'appel à la neutralité institutionnelle
Musa Rabiu Kwankwaso, autre figure politique de premier plan, a également exprimé son désaccord, soulignant que la direction d'institutions aussi critiques que le fisc ou le budget exige une intégrité et une neutralité irréprochables. Il s'interroge sur la capacité de ces responsables à maintenir la confiance du public tout en servant les intérêts partisans d'une campagne électorale. Dans un contexte marqué par des difficultés économiques et une insécurité persistante, Kwankwaso a par ailleurs exhorté Abdulaziz Yari, nommé directeur général du conseil, à reconsidérer son engagement, arguant que la priorité devrait être la résolution des crises nationales plutôt que la poursuite d'une stratégie de maintien au pouvoir.