La nomination de Gallo Bâ à la direction de l’Agence des Travaux et de Gestion des Routes (AGEROUTE) dépasse le cadre de la simple gestion technique des infrastructures. Ce choix stratégique du président Bassirou Diomaye Faye s'inscrit dans une volonté affirmée de construire un espace politique autonome, alors que les dynamiques au sein de l'exécutif sénégalais évoluent vers une distinction marquée avec le camp d'Ousmane Sonko.
Un profil hybride au service d'une nouvelle stratégie
Ancien ministre de la Fonction publique sous l'ère Macky Sall et ex-maire de Mbacké, Gallo Bâ possède une double expertise : une connaissance fine des rouages de l'État et un ancrage territorial solide. Cette polyvalence est devenue un atout majeur pour le chef de l'État. En intégrant une figure issue de l'ancien régime, le président cherche à élargir son assise au-delà du socle militant historique de Pastef, en s'appuyant sur des cadres capables de dialoguer avec les réseaux politiques préexistants.
Le précédent de Mbacké comme levier d'influence
Le parcours récent de Gallo Bâ témoigne de sa capacité à mobiliser des électorats traditionnels. En octobre 2024, il avait orchestré le ralliement de plusieurs élus locaux du département de Mbacké à la cause de Pastef, contribuant directement à la victoire du parti lors des législatives de novembre. Cette expérience de « passerelle » politique est aujourd'hui réinvestie par le président Faye pour consolider son propre camp, dans un contexte où la fidélité des territoires reste un enjeu de pouvoir crucial.
Au-delà de la gestion des infrastructures
Si l'AGEROUTE est une institution technique centrale, sa direction est ici investie d'une mission politique de premier plan. Pour Bassirou Diomaye Faye, il ne s'agit plus seulement de recycler des cadres de l'ancien système, mais de structurer une force politique capable de s'implanter durablement. La nomination de Gallo Bâ suggère une volonté de s'affranchir des structures partisanes actuelles pour bâtir une coalition plus large, capable de naviguer entre les héritages de l'ancien régime et les ambitions du nouveau pouvoir. Cette manœuvre pourrait redéfinir les équilibres locaux dans les mois à venir, alors que le président cherche à stabiliser sa propre base électorale et administrative.