Au Ghana, le débat sur la neutralité des institutions électorales est relancé par la nomination de nouveaux responsables à la Commission électorale (EC). Callistus Mahama, ancien secrétaire exécutif du président John Dramani Mahama, souligne que l'influence politique prêtée aux nominations à la tête de l'institution ne constitue en rien une garantie de succès électoral pour le pouvoir en place.
Les précédents électoraux comme preuve de l'indépendance des électeurs
Pour étayer son analyse, Callistus Mahama s'appuie sur l'histoire politique récente du pays. En 2015, la nomination de Charlotte Osei par le président John Dramani Mahama n'a pas empêché la défaite du Congrès national démocratique (NDC) l'année suivante. De même, en 2018, la nomination de Jean Mensa par le président Nana Akufo-Addo n'a pas empêché la victoire de l'opposition lors du scrutin de 2024. Ces faits démontrent, selon lui, que le corps électoral ghanéen conserve une capacité d'arbitrage autonome, indépendante des affinités politiques des commissaires en poste.
La primauté des enjeux socio-économiques sur les manœuvres institutionnelles
L'argument central de cette réflexion est que réduire les résultats électoraux aux seules nominations au sein de l'EC occulte la réalité du quotidien des citoyens. Les choix des électeurs sont avant tout dictés par des préoccupations concrètes : le niveau des revenus des ménages, les opportunités d'emploi, les coûts de production agricole et l'état des infrastructures routières. En focalisant le débat public exclusivement sur les nominations, les acteurs politiques risquent de nier l'agence politique des citoyens, les reléguant au rang de simples spectateurs d'un processus dont l'issue serait prédéterminée.
Responsabilité publique et intégrité du processus électoral
Si Callistus Mahama rejette l'idée d'une mainmise du pouvoir sur les décisions de la Commission, il insiste sur la distinction fondamentale entre le pouvoir de nomination et l'exercice de la fonction. Une nomination confère une responsabilité publique, non une propriété privée ou une allégeance politique. Toutefois, cette position ne signifie pas que l'administration électorale doit être soustraite à toute critique. L'auteur appelle à une vigilance constante sur la qualité du processus, incluant l'enregistrement des électeurs, le déroulement du scrutin et la résolution des litiges. Il exhorte les acteurs politiques à privilégier les preuves tangibles lors de contestations et à œuvrer pour des réformes structurelles plutôt que de se limiter à des polémiques sur les personnes nommées. En somme, si la nomination place le commissaire en fonction, c'est le bulletin de vote qui, seul, investit le gouvernement.