La multiplication des directives présidentielles au Kenya, souvent prononcées de manière impromptue, suscite une vive inquiétude au sein de la communauté diplomatique et économique. Ces décisions unilatérales, touchant aussi bien les grandes entreprises internationales que les petits commerçants étrangers, menacent la confiance des investisseurs et l'image de stabilité du pays sur la scène internationale.
Des injonctions présidentielles aux conséquences immédiates
Le style de gouvernance du président William Ruto, marqué par des ordres directs et immédiats, a récemment provoqué des situations de crise sur le terrain. En septembre 2026, l'injonction ordonnant la fermeture des petites entreprises détenues par des ressortissants étrangers a conduit de nombreux citoyens, notamment burundais, à quitter précipitamment leur lieu de résidence pour se réfugier aux abords de leur ambassade. Ces mesures, perçues comme une expulsion de fait, illustrent la brutalité de certaines directives qui court-circuitent les procédures administratives habituelles.
Un climat d'incertitude pour les investisseurs
Au-delà des petits commerces, la politique économique est également affectée par une imprévisibilité croissante. Des entreprises d'envergure, telles que Tata Chemicals Magadi, ont fait l'objet de menaces d'expulsion directe, tandis que des litiges commerciaux impliquant la Mumias Sugar Company ont été marqués par des ultimatums présidentiels exigeant le retrait des poursuites judiciaires sous peine de sanctions sévères. Ces interventions dans le domaine privé et judiciaire envoient un signal négatif aux capitaux étrangers, qui privilégient généralement la sécurité juridique et la prévisibilité des cadres réglementaires.
Les risques pour la diplomatie régionale
La gestion de la politique étrangère par l'exécutif kényan est également scrutée par les analystes. La position ambiguë du gouvernement concernant la présence de responsables des Forces de soutien rapide (RSF) du Soudan à Nairobi a soulevé des interrogations sur la neutralité et la cohérence diplomatique du pays. Pour les observateurs, cette accumulation de décisions isolées et de prises de position contradictoires risque d'isoler le Kenya, affaiblissant son rôle de pilier diplomatique dans la région et compromettant ses relations bilatérales à long terme.