La France s'apprête à devenir le premier actionnaire du groupe minier Eramet, une opération stratégique visant à sécuriser ses approvisionnements en métaux critiques. Pour le Gabon, partenaire historique via la Comilog, ce changement de gouvernance au sein de la maison mère impose une réévaluation des relations bilatérales et des ambitions de transformation locale du minerai.
Une reconfiguration du capital sous l'angle de la souveraineté
Eramet a officialisé une augmentation de capital de 500 millions d'euros, une manœuvre financière destinée à éponger une perte nette de 477 millions d'euros enregistrée en 2025. Cette opération propulse l'État français au rang de premier actionnaire, avec un plafond fixé à 49 % des droits de vote. Si cette décision répond à une urgence financière pour le groupe, elle traduit surtout une volonté politique de Paris de sanctuariser ses accès aux ressources stratégiques face aux enjeux européens de souveraineté minière.
Le défi de la transformation locale du manganèse
Le Gabon, où Eramet détient 63,7 % de la Comilog, se retrouve au cœur de cette nouvelle architecture actionnariale. Un protocole signé le 20 juillet 2026 entre Libreville et le groupe prévoit la transformation sur place de 700 000 tonnes de minerai par an d'ici fin 2031. La réalisation de ces projets industriels reste toutefois étroitement liée à la capacité du Gabon à garantir un accès stable à l'énergie, un préalable indispensable pour concrétiser ces ambitions de valeur ajoutée locale.
Vers une nouvelle dynamique de négociation
La montée en puissance de l'État français dans le capital d'Eramet modifie la nature des interlocuteurs pour les autorités gabonaises. Comme le souligne l'analyste Ike Ngouoni, Libreville ne traite plus seulement avec un partenaire industriel, mais directement avec une puissance souveraine. Ce changement de paradigme soulève une question centrale : comment transformer cette relation d'État à État en garanties concrètes pour l'emploi et l'industrie gabonaise ?
Des engagements à transformer en résultats tangibles
Si le soutien financier français peut stabiliser Eramet et favoriser des investissements durables, il n'offre aucune garantie automatique pour le Gabon. L'enjeu pour Libreville est désormais de transformer les promesses politiques en échéances précises et en financements vérifiables. La crédibilité du Gabon dans ce partenariat dépendra de sa capacité à sécuriser les infrastructures énergétiques nécessaires, tandis que les bénéfices réels de cette nouvelle configuration se mesureront, à terme, par le nombre d'usines opérationnelles et d'emplois créés sur le territoire national.