La récente adaptation de Dom Juan, orchestrée par le metteur en scène français David Bobée, propose une réflexion ambitieuse sur la langue et l'identité théâtrale. En réunissant des artistes du Québec, de France et du Congo, cette production cherche à ancrer le classique de Molière dans une modernité plurielle, bien que l'exécution souffre d'un déséquilibre rythmique marqué.
Une exploration linguistique et scénographique
Le cœur de cette mise en scène réside dans une approche audacieuse de la langue. En intégrant des accents variés et l'usage de l'espagnol, la production tente de combler le fossé temporel séparant le public actuel du texte de 1665. Cette volonté de décloisonnement se reflète également dans une scénographie épurée, dominée par un imposant torse de pierre, et des costumes qui fusionnent habilement les codes classiques et contemporains pour souligner la liberté de ton de l'adaptation.
La dynamique entre Dom Juan et Sganarelle
La réussite de cette production repose en grande partie sur la complicité entre les deux interprètes principaux. Le Québécois David Bouchard campe un Dom Juan hautain, tandis que le Congolais Shade Hardy Garvey Moungondo apporte une finesse remarquable au personnage de Sganarelle. Son jeu, capable de naviguer entre humour et subtilité, permet une progression naturelle du récit, soutenue par une partition musicale de Jean-Noël Françoise qui souligne avec justesse les moments charnières de la pièce.
Les limites d'une relecture inégale
Malgré ces atouts, le spectacle s'essouffle à mesure que le récit avance. Le traitement du personnage principal, dépeint avec une bestialité telle qu'elle suscite un rejet immédiat, semble priver l'œuvre de son équivocité morale habituelle. De plus, l'adaptation peine à réinterpréter la notion de « Ciel », pilier central de l'œuvre originale, laissant un vide conceptuel. Surtout, la longueur excessive de certaines scènes finit par diluer l'impact des choix artistiques initiaux. Un resserrement du rythme aurait sans doute permis de mieux servir la vision globale du metteur en scène, transformant ces promesses esthétiques en une expérience théâtrale plus percutante.