La récente prise de contrôle de plusieurs îles dans le sud de la mer Rouge par les Houthis, soutenus par l'Iran, place le détroit de Bab El Mandeb au cœur d'une instabilité géopolitique majeure. Ce passage stratégique, essentiel pour le transit des hydrocarbures et des marchandises vers la Méditerranée, devient un point de bascule critique pour l'économie mondiale.
Une artère vitale sous tension sécuritaire
Le détroit de Bab El Mandeb assure le passage d'environ un quart du trafic maritime mondial. Son importance a été décuplée par les tensions persistantes autour du détroit d'Ormuz. Si les Houthis n'ont pas encore la capacité de fermer hermétiquement cette voie, leurs récentes manœuvres militaires et les menaces proférées par leur porte-parole, Yahya Sarea, suffisent à instaurer un climat de défiance. Pour les compagnies maritimes, la simple perception d'un risque élevé pourrait conduire à un évitement de la zone, produisant des effets similaires à un blocus physique.
Risques de choc sur les chaînes d'approvisionnement
Une perturbation durable de ce corridor maritime aurait des conséquences directes sur les prix de l'énergie et l'inflation mondiale. Le détroit voit transiter une part significative des expéditions globales de gaz naturel liquéfié (GNL) et de pétrole. Un détournement des navires entraînerait inévitablement une hausse des coûts de fret et d'assurance, ainsi que des retards logistiques majeurs. L'Europe et l'Afrique du Nord, fortement dépendantes des importations d'hydrocarbures et des flux commerciaux en provenance d'Asie, se trouvent en première ligne face à ce risque de rupture.
L'exposition stratégique de la Chine
Parmi les puissances mondiales, la Chine apparaît comme l'un des acteurs les plus vulnérables à une déstabilisation de la mer Rouge. Le pays dépend de cette route pour ses exportations vers le marché européen et ses importations énergétiques. L'allongement des chaînes logistiques et la hausse des coûts de transport pourraient contraindre Pékin à intensifier ses pressions diplomatiques sur Téhéran et les autres parties prenantes régionales pour garantir la sécurité des routes commerciales. À terme, Bab El Mandeb s'impose comme le nouveau théâtre où se cristallisent les rivalités entre Téhéran, Washington et Tel Aviv, avec des répercussions qui dépassent largement le cadre régional.