La stratégie de blocage des sites de streaming illégaux porte ses fruits avec une baisse de 70 % de leur fréquentation en quatre ans. Toutefois, cette efficacité apparente masque une mutation des pratiques, les utilisateurs se tournant massivement vers des services IPTV plus opaques et difficiles à démanteler.
L'efficacité du blocage des noms de domaine
Depuis 2022, plus de 20 000 sites et noms de domaine ont été rendus inaccessibles par les autorités, dont 8 325 depuis le début de l'année 2026. Cette politique de blocage systématique, menée par l'Arcom, contraint les plateformes illégales à changer régulièrement d'adresse. Chaque migration entraîne une perte de visibilité et d'audience, rendant l'accès au streaming traditionnel moins fluide pour le grand public. Cette érosion de la fréquentation confirme que la neutralisation des points d'entrée classiques fragilise les modèles économiques des sites pirates.
La montée en puissance de l'IPTV
Parallèlement à ce recul, le taux de pénétration de l'IPTV illégale dans les foyers français a progressé, passant de 5 % à 7 % sur la même période. Contrairement au streaming web, l'IPTV repose sur des réseaux de revendeurs proposant des boîtiers préconfigurés ou des applications dédiées. Cette structure offre une expérience utilisateur plus stable, le fournisseur se chargeant de maintenir l'accès aux flux. Pour les autorités, cette organisation est nettement plus complexe à identifier et à neutraliser, car elle ne dépend pas d'une simple vitrine web facilement bloquable.
Vers une lutte en temps réel
La capacité des infrastructures illégales à basculer rapidement leurs adresses IP, notamment lors de la diffusion d'événements sportifs comme la Ligue des champions, constitue un défi majeur. Face à cette réactivité, l'Arcom intensifie ses mesures : pour les compétitions sportives, ce sont 175 sites et 139 adresses IP qui sont visés par des blocages ciblés. L'enjeu pour 2027 est désormais de passer à une neutralisation en temps réel des flux. Cette évolution marque un changement de paradigme : il ne s'agit plus seulement de fermer des sites, mais de poursuivre les flux de données au gré de leurs déplacements techniques pour tenter de contenir une menace qui, loin de disparaître, se déplace vers des infrastructures plus résilientes.