Face à la menace croissante de l'antibiorésistance (AMR), les autorités nigérianes plaident pour une stratégie nationale et mondiale décloisonnée. Le gouvernement souligne que la surconsommation d'antibiotiques dans l'élevage constitue un levier critique pour freiner la propagation de bactéries résistantes vers les populations humaines.
L'élevage sous surveillance sanitaire
Le ministre de la Santé et du Bien-être social, Muhammad Pate, a révélé que le secteur de l'élevage consomme actuellement davantage d'antibiotiques que le secteur de la santé humaine. Cette pratique intensive exerce une pression sélective qui favorise l'émergence de résistances. Ces agents pathogènes, capables de franchir la barrière des espèces, représentent un risque majeur de zoonoses. Pour les autorités, une gestion plus rigoureuse des intrants vétérinaires est indispensable pour protéger la santé publique globale.
Priorité à la prévention et au diagnostic
Au-delà de la régulation des médicaments, le gouvernement insiste sur le changement de paradigme : privilégier la prévention sur le traitement systématique. Le renforcement des programmes de vaccination, l'amélioration des mesures d'hygiène, la biosécurité dans les fermes et l'accès à des diagnostics rapides sont présentés comme les piliers d'une stratégie efficace. Le ministère appelle également les citoyens à la vigilance, rappelant que les infections virales courantes, comme la toux ou le rhume, ne nécessitent pas de traitement antibiotique.
Une approche transversale pour la sécurité alimentaire
Le ministère de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire, représenté par Aliyu Abdullahi, a mis en garde contre les conséquences économiques et sécuritaires d'un usage inapproprié des antimicrobiens. Une mauvaise gestion des produits agrochimiques menace non seulement la sécurité sanitaire des aliments, mais aussi les capacités d'exportation et les moyens de subsistance des éleveurs. L'éducation des agriculteurs et la promotion de bonnes pratiques agricoles sont désormais au cœur des priorités ministérielles.
La conférence d'Abuja comme tournant continental
Le ministre de l'Environnement, Balarabe Lawal, a rappelé que la résistance aux antimicrobiens ne connaît pas de frontières, circulant librement à travers l'eau, les sols et les systèmes de gestion des déchets. Cette vision intégrée, dite « One Health », sera au centre de la cinquième Conférence ministérielle mondiale sur l'AMR. Prévu à Abuja du 6 au 8 décembre, cet événement marquera une étape historique, étant la première conférence de ce niveau organisée en Afrique, avec pour objectif de transformer les engagements internationaux en actions locales concrètes.