La Haute Cour de Mombasa livre ce lundi 19 octobre son verdict dans le procès pour meurtre de Paul Mackenzie et de 94 co-accusés. Cette affaire, considérée comme la plus importante depuis l'indépendance du Kenya, porte sur la découverte macabre de plus de 530 corps dans la forêt de Shakahola en 2023, victimes d'une dérive sectaire meurtrière.
Un système d'emprise et de violence extrême
L'enquête a révélé comment Paul Mackenzie, ancien chauffeur de taxi devenu pasteur, a instauré un climat de terreur absolue au sein de sa communauté. En prônant un jeûne extrême pour « rejoindre Jésus », il a isolé ses adeptes de toute influence extérieure, interdisant l'accès à l'éducation et aux soins médicaux. Les témoignages des rescapés et des proches décrivent un système fondé sur la peur, la manipulation psychologique, les violences physiques et sexuelles, visant en priorité les femmes et les enfants, contraints de mourir de faim dans des huttes de fortune.
La responsabilité des co-accusés
Sur le banc des accusés, aux côtés du gourou, figurent 94 anciens fidèles. Parmi eux, des parents sont poursuivis pour avoir laissé leurs propres enfants périr sous les ordres du pasteur. Ces individus, eux-mêmes victimes de l'endoctrinement, illustrent l'ampleur de l'emprise exercée par Mackenzie. Si certains expriment aujourd'hui une volonté de justice, d'autres survivants restent profondément traumatisés, voire encore sous l'influence des préceptes du gourou, soulignant la complexité de la réhabilitation des victimes.
L'impasse face à la prolifération des dérives sectaires
Au-delà de ce procès, des acteurs de la société civile, comme le Centre pour les droits de l'homme de Malindi, alertent sur l'absence de mesures structurelles pour endiguer le phénomène. Malgré la création d'une commission d'enquête sénatoriale après le drame de Shakahola, les recommandations visant à réguler les organisations religieuses au Kenya restent lettre morte. La persistance de drames similaires, comme celui de Kwa Binzaro, démontre que la menace demeure réelle. Pour les autorités, ce verdict ne constitue qu'une étape, Paul Mackenzie devant encore répondre de chefs d'accusation pour terrorisme, torture sur enfants et homicide involontaire dans le cadre de procédures judiciaires distinctes.