La justice française reconnaît le cancer du sein d'une navigante comme maladie professionnelle

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 19 lectures
La justice française reconnaît le cancer du sein d'une navigante comme maladie professionnelle

La justice française a franchi une étape marquante en reconnaissant le cancer du sein d'une ancienne hôtesse de l'air comme maladie professionnelle. Cette décision, qui fait suite à une procédure complexe, met en lumière les risques sanitaires spécifiques liés aux conditions de travail du personnel navigant long-courrier.

Les facteurs de risque retenus par le tribunal

Le tribunal de Bayonne a fondé sa décision sur l'analyse des conditions d'exercice de Sophie Lainault, qui a cumulé plus de 12 600 heures de vol en trente ans de carrière, dont une part importante de nuit. Les magistrats ont retenu trois facteurs aggravants : le travail nocturne régulier, l'exposition prolongée aux rayonnements ionisants en altitude, ainsi que le tabagisme passif subi à bord des appareils avant l'interdiction de fumer en l'an 2000. L'absence de prédispositions génétiques ou de facteurs liés à l'hygiène de vie a été déterminante dans l'établissement du lien de causalité avec l'activité professionnelle.

Un parcours judiciaire complexe

La reconnaissance de cette pathologie, qui ne figure pas dans les tableaux officiels des maladies professionnelles en France, a nécessité une procédure longue de deux ans et demi. Avant d'obtenir gain de cause devant le tribunal, la plaignante avait essuyé deux avis défavorables de la part des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles. Ce succès, obtenu avec l'appui syndical, souligne la difficulté pour les salariés d'établir un lien direct entre leur environnement de travail et des pathologies complexes.

Une portée juridique pour le secteur aérien

Ce jugement, devenu définitif en l'absence d'appel, est perçu comme une potentielle jurisprudence pour le personnel navigant. L'avocate de la plaignante estime que cette décision pourrait encourager d'autres professionnelles à engager des démarches similaires. Au-delà de la reconnaissance symbolique, cette décision permet à l'ancienne cheffe de cabine de bénéficier de droits sociaux, notamment un départ anticipé à la retraite. De son côté, la compagnie aérienne concernée a réaffirmé que la sécurité et la santé de ses salariés demeurent une priorité, tout en précisant ne pas avoir eu accès aux motivations détaillées du tribunal.

Un enjeu de santé publique élargi

Ce cas n'est pas isolé dans le paysage judiciaire français. En 2023, une infirmière ayant exercé de nuit pendant près de trois décennies avait déjà obtenu une reconnaissance similaire, renforçant le débat sur les effets du travail nocturne et de l'exposition aux rayonnements sur la santé des femmes. Avec près de 13 000 décès annuels en France, le cancer du sein demeure un enjeu de santé publique majeur, dont la dimension professionnelle commence désormais à être intégrée par les instances juridiques.

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