Le tribunal judiciaire de Paris a ordonné à l'hébergeur OVH de bloquer l'accès à deux plateformes de streaming illégales hébergées sur ses serveurs. Cette décision, qui impose à l'entreprise de supporter les coûts techniques de cette mesure pendant 18 mois, illustre un durcissement de la stratégie des ayants droit face aux intermédiaires techniques du web.
Une injonction judiciaire contre l'hébergement illicite
La décision fait suite à une action en justice initiée par plusieurs géants de l'audiovisuel, dont Netflix, Disney, Universal et Columbia Pictures. Ces derniers ont ciblé OVH en tant qu'intermédiaire technique, arguant que ses serveurs facilitaient la diffusion massive de contenus protégés par le droit d'auteur. Les sites visés, « tekfullfilmizle » et « fullhdfilmizlesene », proposaient des milliers de films et séries sans autorisation, selon les constats établis par l'Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA). En vertu du Code de la propriété intellectuelle, le tribunal a validé cette demande de blocage, imposant à l'hébergeur d'agir dans un délai de 15 jours.
L'évolution de la stratégie des ayants droit
Si le blocage de contenus illicites est une pratique courante, elle visait jusqu'ici principalement les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) ou les services de VPN. En ciblant directement l'hébergeur, les ayants droit cherchent à remonter la chaîne de diffusion technique. Ce n'est pas la première fois qu'OVH est ainsi sollicité : l'entreprise avait déjà reçu une injonction similaire en octobre 2025 concernant des sites accusés de générer de fausses écoutes sur des plateformes musicales.
L'efficacité des mesures de blocage en question
Cette décision soulève des interrogations sur la pérennité des solutions techniques face au piratage. Les experts soulignent que le blocage de noms de domaine s'apparente souvent à une mesure temporaire, les administrateurs de sites pirates pouvant aisément dupliquer leurs plateformes sous de nouvelles adresses. Au-delà de la facilité de contournement, cette approche pose la question du rôle des hébergeurs, transformés de facto en « gendarmes du web ». Le risque de dommages collatéraux, incluant le blocage accidentel de sites légitimes, reste une préoccupation majeure dans ce type d'opérations, confirmant que les ordonnances judiciaires agissent davantage comme un palliatif que comme une résolution structurelle du piratage en ligne.