La justice fédérale californienne a mis un terme à une procédure judiciaire visant Spotify, accusée par le rappeur RBX de fermer les yeux sur des milliards d'écoutes artificielles. La juge Josephine L. Staton a rejeté la plainte, estimant que le plaignant n'avait pas démontré l'existence d'une obligation juridique spécifique de la plateforme envers les artistes pour prévenir de telles manipulations.
Un rejet fondé sur l'absence d'obligation légale
Dans sa décision, la magistrate a souligné que, malgré le déséquilibre de pouvoir inhérent à l'industrie musicale, la relation entre un artiste et une plateforme de streaming demeure avant tout commerciale. Le tribunal a conclu que Spotify n'est pas légalement tenue de garantir une protection contre les pratiques de manipulation d'audience, écartant ainsi les arguments sur l'iniquité du système et les atteintes à la concurrence soulevés par Eric Dwayne Collins, alias RBX.
L'enjeu financier du modèle de rémunération
Au cœur du litige figurait le système de répartition des revenus de Spotify, le streamshare. Ce modèle agrège l'ensemble des revenus publicitaires et des abonnements pour les redistribuer au prorata du nombre d'écoutes. RBX soutenait que l'utilisation présumée de réseaux de comptes automatisés (bots) pour gonfler les chiffres de certains artistes, notamment Drake, détournait mécaniquement une partie des revenus au détriment des autres ayants droit. Bien que la plainte ait été rejetée, la justice n'a pas statué sur la réalité des fraudes alléguées, se concentrant uniquement sur l'insuffisance des fondements juridiques de l'accusation.
Des procédures judiciaires qui se multiplient
Ce revers judiciaire ne clôt pas pour autant les interrogations sur l'intégrité des données de streaming. Une autre affaire, actuellement suspendue en Virginie, vise directement Drake et le streamer Adin Ross. Ils y sont accusés d'avoir promu une plateforme de jeux en ligne pour inciter les utilisateurs à gonfler artificiellement les chiffres d'écoute. Alors que les avocats de RBX envisagent désormais de faire appel de la décision californienne, ces dossiers illustrent la pression croissante sur les acteurs du numérique pour qu'ils assument une responsabilité accrue face aux manipulations d'audiences qui fragilisent l'économie des créateurs.