Cinquante ans après sa disparition, la figure de Mao Zedong connaît un regain de popularité inattendu au sein de la jeunesse chinoise. Loin d'une simple nostalgie historique, ce phénomène traduit une quête de repères face aux défis économiques contemporains et aux limites de la mobilité sociale.
Un recours au langage maoïste face à la précarité
Pour de nombreux jeunes Chinois, le « Maître » est devenu une référence pour analyser les contradictions de leur quotidien. Dans un contexte marqué par un taux de chômage des jeunes atteignant 17,9 % en juillet 2026 et une culture du travail intense, les écrits de Mao offrent une grille de lecture simplifiée des rapports de force sociaux. En désignant clairement les oppresseurs et les opprimés, ce cadre conceptuel permet à une génération désabusée par les promesses de prospérité des réformes économiques de nommer les inégalités de richesse et l'inaccessibilité du logement.
La réappropriation numérique d'une figure historique
Sur des plateformes comme Bilibili, où la majorité des utilisateurs a entre 18 et 24 ans, les compilations vidéo sur Mao cumulent des millions de vues. Cet engouement se manifeste également par un succès académique : les Œuvres choisies de Mao Zedong figurent parmi les ouvrages les plus empruntés à l'université Tsinghua depuis 2019. Ce retour en grâce marque une rupture avec l'évaluation officielle établie en 1981, qui cherchait à démythifier le dirigeant en le présentant comme un homme faillible, préférant désormais le sacraliser comme une figure héroïque fondatrice de la puissance nationale.
Une dynamique politique potentiellement explosive
Si cet intérêt est alimenté par une éducation patriotique qui occulte souvent les conséquences tragiques du Grand Bond en avant et de la Révolution culturelle, il comporte une dimension politique complexe. Les experts soulignent que ce populisme maoïste, bien que difficile à contrôler, pourrait dépasser le cadre des discussions en ligne. En utilisant un langage historique pour contester les réalités actuelles, cette jeunesse crée un espace de réflexion qui, bien que contraint par la censure et l'autocensure, interroge la durabilité du modèle social chinois actuel. La question demeure de savoir si cette fascination se transformera en une identité politique structurée ou si elle restera une forme d'expression symbolique du mécontentement social.