La Jamaïque saisit la justice britannique pour réclamer 10 milliards de dollars en réparations liées à l'esclavage

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 32 lectures
La Jamaïque saisit la justice britannique pour réclamer 10 milliards de dollars en réparations liées à l'esclavage

Dans une démarche diplomatique et juridique sans précédent, une délégation jamaïcaine a entamé une procédure visant à obtenir des réparations pour les siècles d'esclavage subis sous la domination britannique. Le gouvernement jamaïcain, qui évalue le préjudice à 10 milliards de dollars, cherche désormais à obtenir un avis consultatif du Comité judiciaire du Conseil privé, la plus haute instance d'appel du pays siégeant à Londres.

Une stratégie juridique inédite

La pétition adressée au roi Charles III, chef d'État de la Jamaïque, marque un tournant dans la quête de justice réparatrice. Plutôt que de se limiter à des revendications politiques, Kingston demande au monarque d'utiliser ses prérogatives pour soumettre trois questions fondamentales à la justice britannique : la légalité de l'esclavage au regard du droit commun anglais de l'époque, sa conformité avec le droit international, et l'existence d'une obligation légale de réparation pour les dommages causés. Cette manœuvre vise à transformer un débat moral en une question de droit opposable.

Le poids d'un héritage colonial

Entre 1655 et l'abolition de l'esclavage, des centaines de milliers d'Africains ont été déportés et exploités en Jamaïque par les autorités britanniques. Si le pays a accédé à l'indépendance en 1962, il demeure membre du Commonwealth et reconnaît toujours la Couronne comme autorité suprême, bien qu'un projet de loi constitutionnel soit en cours pour faire évoluer le pays vers un statut de république. Parallèlement à cette action judiciaire, la délégation jamaïcaine a prévu des discussions avec le British Museum concernant la restitution d'artefacts culturels spoliés.

La résistance persistante de Londres

Malgré les pressions croissantes des nations des Caraïbes et les engagements pris lors des sommets du Commonwealth, le gouvernement britannique maintient une position ferme. Londres a jusqu'ici refusé toute excuse officielle ou compensation financière pour les descendants des personnes asservies. À titre de comparaison, en 1833, le gouvernement britannique avait indemnisé les propriétaires d'esclaves pour la « perte de leurs biens », une somme équivalente à environ 2,6 milliards de dollars actuels. Si des institutions comme l'Église d'Angleterre ont commencé à créer des fonds de réparation, l'exécutif britannique, sous l'actuelle administration travailliste, n'a montré aucune intention de modifier sa ligne politique sur ce dossier.

Un précédent pour le Commonwealth

L'issue de cette pétition est suivie de près par d'autres nations membres du Commonwealth qui, comme les Bahamas ou Antigua-et-Barbuda, réclament également justice pour les crimes de la traite transatlantique. Selon des experts en histoire de l'esclavage, même si la réponse du gouvernement britannique reste incertaine, le simple fait de porter le débat devant la plus haute instance judiciaire du pays constitue une étape significative. Cette procédure pourrait forcer Londres à sortir de son silence et à justifier, sur le plan juridique, son refus historique de réparer les conséquences de la colonisation.

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