La Haute Autorité de la Communication (HAC) de Guinée a ordonné l'interdiction totale et immédiate de la diffusion de la chaîne France 24 sur l'ensemble du territoire. Cette décision radicale, qui s'étend à tous les vecteurs techniques, intervient dans un contexte de tensions accrues entre le régulateur et les médias internationaux sur la qualification institutionnelle du pouvoir en place.
Le différend sur la qualification du chef de l'État
Le point de rupture a été provoqué par l'usage du terme « président putschiste » pour désigner le général Mamadi Doumbouya lors d'une séquence diffusée le 15 septembre. La HAC, considérant ce qualificatif comme inapproprié suite à l'élection présidentielle de décembre 2025 et à la prestation de serment du chef de l'État, avait initialement adressé une mise en demeure à la chaîne. Malgré une tentative de réponse de France 24, le régulateur a jugé la réaction insuffisante, dénonçant un refus délibéré de se conformer à ses exigences éditoriales.
Une pression accrue sur les correspondants et la presse étrangère
Parallèlement à l'interdiction de France 24, la HAC a également retiré l'accréditation journalistique de Mamadou Diawo Barry, correspondant de Jeune Afrique. L'institution justifie cette mesure par des « manquements professionnels » non spécifiés. De son côté, le média panafricain a contesté le caractère arbitraire de cette décision, soulignant l'absence d'imputations précises et appelant le régulateur à respecter les principes de pluralisme médiatique dont il se revendique.
Un paysage médiatique sous forte contrainte
Ces mesures s'inscrivent dans une tendance plus large de restriction de l'espace médiatique guinéen observée ces dernières années. Avant les médias internationaux, plusieurs acteurs locaux, tels que Djoma TV, Espace TV ou FIM FM, ont vu leurs agréments retirés ou leurs diffusions suspendues par les autorités, officiellement pour non-respect des cahiers des charges. Cette dynamique de régulation stricte s'ajoute à un climat politique marqué par la dissolution des principaux partis, l'interdiction des manifestations et des restrictions récurrentes sur l'accès aux réseaux sociaux.