Le centre-ville de Nairobi a été le théâtre de manifestations tendues vendredi, alors que des centaines de commerçants ont fermé leurs boutiques pour protester contre une récente hausse des droits de douane. Cette mobilisation, marquée par l'usage de gaz lacrymogènes par les forces de l'ordre, souligne le fossé grandissant entre les impératifs fiscaux de l'État et la survie économique des petites structures commerciales.
Un relèvement significatif des seuils douaniers
La mesure contestée, entrée en vigueur la semaine dernière, modifie le seuil de référence douanier pour les conteneurs consolidés de 40 pieds. Celui-ci passe de 2,5 millions de shillings kényans (environ 19 320 dollars) à 3,2 millions de shillings (environ 24 700 dollars). Si l'autorité fiscale kényane présente ce chiffre comme une valeur de référence minimale visant à lutter contre la sous-déclaration et la sous-évaluation des marchandises, les importateurs y voient une charge financière supplémentaire insupportable pour les petites entreprises qui dépendent de ces expéditions groupées pour réduire leurs coûts logistiques.
La fragilité des petites entreprises face à l'inflation
Pour les manifestants, cette décision s'inscrit dans un contexte de dégradation du pouvoir d'achat et d'augmentation des frais d'exploitation. Les commerçants estiment que ce surcoût douanier, dépassant les 5 000 dollars par conteneur, menace directement la pérennité de leurs activités. Au-delà de la question fiscale, le mouvement reflète une frustration plus large face à la hausse du coût de la vie et à une méfiance persistante envers la gestion des affaires publiques, perçue par une partie de la population comme entachée par la corruption.
La position de l'administration fiscale
Face à la contestation, l'autorité fiscale kényane maintient que ce nouveau seuil n'est pas une valeur fixe imposée aveuglément, mais un point de référence. L'institution précise que les importateurs dont les marchandises dépassent cette valeur doivent déclarer la valeur réelle et s'acquitter des droits correspondants. L'objectif affiché par le gouvernement est de protéger les entreprises locales et les fabricants nationaux contre une concurrence jugée déloyale, en s'assurant que les importateurs respectent leurs obligations fiscales réelles. La persistance de ces tensions souligne toutefois l'enjeu majeur pour le gouvernement : concilier ses objectifs de recettes budgétaires avec la nécessité de maintenir un environnement favorable aux petits acteurs économiques du pays.