La Guinée amorce une transformation majeure de son écosystème agricole à travers le Programme national de services de données agricoles. En deux semaines, plus de 20 000 producteurs ont été recensés et dotés d'une identité numérique, une étape clé pour moderniser les interventions de l'État et sécuriser les parcours des exploitants.
Une phase pilote à grande échelle
Le projet, mené par l'entreprise PULA en partenariat avec le ministère de l'Agriculture, a mobilisé 300 agents de terrain dans les régions de Kindia, Kankan et Mamou. Cette opération a permis de cartographier 23 507 exploitations agricoles. Chaque producteur enregistré reçoit désormais une carte d'agriculteur équipée d'une puce et d'un QR code, garantissant une traçabilité fiable des informations et une reconnaissance officielle par les institutions publiques et les partenaires financiers.
Vers une gestion ciblée des politiques publiques
Pour le gouvernement guinéen, cette digitalisation répond à une problématique structurelle : l'absence de données précises sur les acteurs du monde rural, qui représentent pourtant une part prépondérante de la population. Le ministre de l'Agriculture, Félix Lamah, souligne que cette base de données permettra de passer d'une gestion approximative à une intervention ciblée. L'État pourra désormais orienter ses aides, intrants et équipements en fonction des filières réelles et des superficies exploitées, optimisant ainsi l'efficacité des ressources publiques.
Un levier pour l'accès au crédit et aux marchés
Au-delà de l'aspect administratif, cette identité numérique constitue un outil d'inclusion financière. En rendant les producteurs « visibles » aux yeux des institutions bancaires et des investisseurs, la carte facilite l'accès aux crédits et aux marchés, des leviers indispensables pour le développement des exploitations. Thomas Njeru, directeur général de PULA, précise que cette initiative positionne la Guinée comme un précurseur dans la sous-région en matière de modernisation agricole.
L'ambition d'un déploiement national
Fort de ce succès initial, le gouvernement prévoit d'étendre le programme à l'ensemble du territoire national dans le cadre du projet PEDAG 2. L'objectif affiché est ambitieux : identifier 2 millions d'acteurs du secteur agricole et de l'élevage. Si les agriculteurs, à l'instar d'Ibrahima Traoré, accueillent cette innovation avec espoir, ils attendent désormais que cette reconnaissance numérique se traduise concrètement par une amélioration de la logistique, notamment pour l'approvisionnement en engrais et semences, souvent entravé par l'état des infrastructures routières.