La Guinée-Bissau est aux urnes ce dimanche 30 août pour décider du sort d'une nouvelle Constitution, un scrutin charnière imposé par la junte au pouvoir depuis novembre dernier. Ce référendum, qui vise à transformer radicalement l'architecture institutionnelle du pays, se déroule dans un climat de défiance marqué par l'appel au boycott de l'opposition et une participation citoyenne qui semble, à ce stade, en demi-teinte.
Vers un basculement vers un régime présidentiel fort
Le projet soumis au vote propose une rupture profonde avec le système semi-parlementaire actuel, jugé instable par les autorités de transition. Le texte prévoit une concentration accrue des pouvoirs entre les mains du chef de l'État. Ce dernier disposerait désormais de la prérogative de nommer et de révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, tout en conservant le droit de dissoudre le Parlement. Cette réforme s'accompagne également d'une réduction drastique de la représentation nationale : le nombre de parlementaires passerait de 102 à 65, et le découpage électoral serait ramené de 29 à 12 districts, une mesure présentée par le Conseil national de transition comme une stratégie d'optimisation des dépenses publiques.
Un scrutin sous le signe de la contestation
La légitimité de ce référendum est vivement contestée par les forces d'opposition, dont le PAIGC, parti historique du pays. Ces derniers dénoncent une réécriture unilatérale de la loi fondamentale par un pouvoir de transition non élu, déplorant l'absence de dialogue inclusif avec les forces vives de la nation. Cet appel au boycott semble peser sur la mobilisation électorale. Si la Commission électorale a qualifié la participation de « raisonnable » à la mi-journée, les observateurs sur le terrain et l'opposition font état d'une affluence faible. À Bissau comme dans les régions du nord et de l'est, le vote s'est déroulé par petits groupes, dans un contexte où aucune mission d'observation indépendante n'a été déployée.
L'enjeu de la transition vers les élections générales
Ce référendum constitue une étape préalable cruciale avant la tenue des élections générales, fixées au 6 décembre prochain, censées marquer le retour effectif des civils au pouvoir. La sécurité a été renforcée dans l'ensemble des bureaux de vote pour garantir le déroulement du scrutin. Toutefois, le succès de cette consultation reste suspendu à la capacité du pouvoir en place à convaincre une population divisée, alors que le pays cherche à sortir d'une période d'instabilité politique prolongée. Le résultat de ce vote déterminera non seulement la forme de l'État bissau-guinéen, mais aussi le climat dans lequel se prépareront les échéances électorales de fin d'année.