La Guinée-Bissau s'apprête à entamer une mutation institutionnelle majeure après l'approbation, par référendum, d'une nouvelle Constitution. Ce texte, porté par les autorités militaires de transition, marque le passage d'un système parlementaire à un régime présidentiel fort, malgré une vive opposition politique.
Un basculement vers le présidentialisme
Selon les résultats préliminaires communiqués par la Commission électorale nationale, 70 % des votants ont validé le projet de réforme constitutionnelle, avec un taux de participation avoisinant les 60 %. Ce nouveau cadre juridique modifie en profondeur l'équilibre des pouvoirs en renforçant l'autorité du président au détriment du Premier ministre. Outre cette centralisation exécutive, la réforme prévoit une réduction significative de la taille du Parlement, dont le nombre de sièges passera de 102 à 65, ainsi qu'une diminution du nombre de circonscriptions électorales, ramenées de 29 à 12.
Des tensions politiques persistantes
Le processus référendaire a été marqué par un boycott massif orchestré par les principaux partis d'opposition, dont le PAIGC, et plusieurs organisations de la société civile. Ces derniers dénoncent une manœuvre visant à institutionnaliser une forme d'autocratie et à pérenniser l'influence de la junte au pouvoir. Des voix critiques, relayées par des observateurs régionaux, s'inquiètent d'une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du chef de l'État, craignant que ces changements ne fragilisent davantage les libertés publiques et la démocratie dans un pays déjà marqué par une instabilité chronique.
Le défi de la transition vers le pouvoir civil
Le Conseil national de transition (CNT) défend ces réformes comme un levier indispensable pour restaurer la stabilité, arguant que les conflits récurrents entre présidents et Premiers ministres ont longtemps paralysé l'État. Le président de l'assemblée législative de transition, Fore Caramba Sanha, a appelé les acteurs politiques à respecter ce choix populaire, y voyant le socle d'un futur État de droit. Ces évolutions interviennent dans un contexte délicat, alors que le pays se prépare à des élections présidentielles et législatives prévues pour décembre. Ce scrutin sera déterminant pour évaluer la volonté réelle des autorités militaires de rendre le pouvoir aux civils et pour observer l'impact concret de cette nouvelle architecture constitutionnelle sur la vie politique nationale.