La guerre silencieuse entre les centrales nucléaires et les animaux aquatiques menace la production d’électricité

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 25 lectures
La guerre silencieuse entre les centrales nucléaires et les animaux aquatiques menace la production d’électricité
Photo par Malanca Stanislav sur Pexels

L’afflux massif de méduses, de poissons ou de végétaux dans les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires a provoqué l’arrêt de réacteurs en Europe et en Asie, révélant une vulnérabilité insoupçonnée des infrastructures énergétiques face aux écosystèmes aquatiques.

Gravelines, épicentre d’une crise récurrente

En août 2025, la centrale nucléaire de Gravelines, plus grande d’Europe occidentale, a dû réduire ou arrêter quatre de ses réacteurs après l’obstruction de ses filtres par des méduses. Un scénario déjà observé en 2024, où des tonnes de ces animaux gélatineux avaient bloqué les prégrilles et tambours filtrants, essentiels au refroidissement des réacteurs. EDF, l’exploitant, a tenté des pêches préventives et installé des caméras de surveillance, mais sans succès. Le phénomène dépasse les côtes françaises : la Suède, le Japon, l’Écosse et Israël ont connu des blocages similaires, parfois jusqu’à l’arrêt complet des sites.

Des solutions high-tech et artisanales face à l’invasion

Pour contrer ces intrusions, les exploitants misent sur des technologies variées. Au Royaume-Uni, des pêcheurs locaux sont chargés de détourner les bancs de méduses à l’aide de chalutiers. En Chine, des râteaux dégrilleurs interceptent les débris flottants, tandis qu’un robot autonome sud-coréen, conçu pour tuer les méduses, a été testé sans être généralisé. En Écosse, la centrale d’Hunterston utilise un « rideau de bulles d’air », un mur vertical dans l’eau qui dévie naturellement les méduses. En Floride, des filets barrières protègent les tortues marines piégées dans les canaux d’amenée de la centrale de Sainte-Lucie, où plus de 17 000 individus ont été capturés depuis 1976.

L’impact environnemental : un bilan contrasté

Si les centrales perturbent les écosystèmes, leur impact reste difficile à quantifier. En France, un rapport d’EDF estime à 5,9 milliards le nombre d’animaux aquatiques (larves, poissons, crustacés) tués chaque année par les prises d’eau des réacteurs. À Penly, en Seine-Maritime, la mortalité atteint 575 tonnes par an, principalement des harengs et des gobies. L’Autorité environnementale souligne que ces pertes, bien que faibles à l’échelle régionale, s’accumulent sur le long terme. À Hinkley Point C, au Royaume-Uni, EDF investit 817 millions d’euros dans trois systèmes de protection, dont un dispositif acoustique surnommé « fish disco » : 300 haut-parleurs sous-marins émettant des impulsions sonores pour éloigner les poissons. Pourtant, son efficacité divise, certains experts remettant en cause ses résultats.

Un défi qui s’aggrave avec le changement climatique

Le réchauffement des eaux et la prolifération d’espèces invasives aggravent ces problèmes. Les macrophytes, végétaux macroscopiques, obstruent régulièrement les prises d’eau de la centrale espagnole d’Ascó, tandis que des poissons ont forcé l’arrêt temporaire d’un réacteur au Canada. Les futurs projets, comme l’EPR de Flamanville ou Hinkley Point C, doivent intégrer ces contraintes dès la conception, sous peine de voir leurs coûts exploser et leurs délais s’allonger. Entre préservation de la biodiversité et sécurité énergétique, le nucléaire doit désormais composer avec une équation de plus en plus complexe.

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