La scission au sein des Verts français s’accélère avec le ralliement de Yannick Jadot à Raphaël Glucksmann, révélant des fractures idéologiques et stratégiques qui pourraient condamner le parti à l’inefficacité.
Un divorce annoncé entre réformistes et radicaux
Depuis 2021, les tensions entre Yannick Jadot, figure réformiste, et Sandrine Rousseau, porte-voix de l’écoféminisme et de la radicalité, empoisonnent la vie des Verts. Leur rivalité, cristallisée lors de la primaire écologiste de 2021 – où Rousseau échoue de justesse face à Jadot (51,03 % contre 48,97 %) – a révélé des divergences irréconciliables. Rousseau, marginalisée dans la campagne présidentielle de 2022, dénonce aujourd’hui un « gâchis » stratégique et une direction « nulle », tandis que Jadot, en rejoignant Glucksmann, officialise son ancrage dans une alliance avec le Parti socialiste, loin des positions de LFI.
Marine Tondelier, bouc émissaire d’une direction discréditée
La secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, est pointée du doigt par les deux camps pour son ambiguïté politique. Son refus de trancher entre une alliance avec le PS ou LFI aurait « verrouillé » la situation, selon les proches de Jadot. « On a mis la poussière sous le tapis et elle ressort au pire moment », résume un stratège écologiste. Les échecs électoraux répétés – présidentielle, européennes, municipales – et la chute de popularité (33 % des Français souhaitent vivre dans une société prônée par les Verts en 2024, contre 44 % en 2020) illustrent l’impasse d’une ligne indécise.
LFI et Glucksmann, nouveaux arbitres d’un parti en déclin
Face à cette crise, deux visions s’affrontent : celle de Sandrine Rousseau, qui prône une alliance avec La France insoumise pour peser dans le paysage politique, et celle de Jadot, désormais aligné sur la « révolution écologique » en 100 jours promise par Glucksmann. « L’enjeu écologique a été davantage intégré par LFI que par Glucksmann », reconnaît Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée. Pourtant, les Verts risquent de se dissoudre dans des coalitions où leur identité propre s’efface : « Nous sommes écologistes. Cette identité n’est pas soluble dans un autre espace politique », martèle Léa Balage El Mariky, directrice de campagne de Tondelier.
Un parti vert condamné à disparaître ?
Avec 35 % des Français estimant que les Verts portent leurs préoccupations (contre 52 % en 2020), le parti paie son incapacité à incarner une alternative claire. Les divisions internes, exacerbées par des stratégies contradictoires, laissent le champ libre à LFI et au PS pour capter l’électorat écologiste. « Il aurait fallu tirer les leçons des échecs électoraux plutôt que de se complaire dans un rôle de trait d’union de la gauche », regrette Rousseau. La scission de Jadot, loin de résoudre les tensions, pourrait accélérer l’effritement d’un parti déjà en voie de marginalisation.