La guerre des carburants : comment les drones transforment l'Ukraine et la Russie en champs de bataille énergétique

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 19 lectures
La guerre des carburants : comment les drones transforment l'Ukraine et la Russie en champs de bataille énergétique

Depuis avril, les drones russes ciblent méthodiquement les stations-service ukrainiennes, tandis que les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes provoquent des pénuries sans précédent. Une guerre asymétrique qui redessine les équilibres énergétiques des deux camps.

Ukraine : des stations-service transformées en cibles prioritaires

Les attaques russes contre les infrastructures pétrolières civiles en Ukraine se sont intensifiées depuis le printemps. Selon Oleksandr Sirenko, analyste au think tank Nafto Rynok, au moins 246 stations-service ont été touchées depuis le début du conflit, dont 114 en juillet seul – un bond de 73 % par rapport à juin. Les drones iraniens Shahed, plus coûteux et destructeurs, remplacent progressivement les modèles plus légers, avec des impacts dévastateurs : une station a subi cinq impacts, pour un coût total dépassant la valeur de l’infrastructure.

Les régions frontalières et les axes stratégiques, comme la route entre Kharkiv et Dnipro, sont particulièrement touchés. Dans certaines zones, comme le village d’Opishnya (région de Poltava), toutes les stations ont été détruites, forçant les autorités locales à stocker du carburant en petits dépôts mobiles pour éviter les pertes massives. À Trostyanets, près de la frontière russe, les habitants dépendent désormais de camions-citernes itinérants, dont les emplacements changent quotidiennement pour échapper aux frappes.

Russie : l’étau des pénuries se resserre

De l’autre côté du front, les frappes ukrainiennes sur les raffineries et dépôts pétroliers russes ont provoqué des pénuries dans près de 80 % des régions du pays. Selon le journal *Izvestia*, seulement 28 % des stations-service russes disposaient encore de carburant la semaine dernière. Cette situation contraste avec l’Ukraine, où le marché, fragmenté en milliers de petites stations et approvisionné par camions, résiste mieux aux destructions ciblées.

Les conséquences économiques sont immédiates : les prix fluctuent sous l’effet des tensions géopolitiques, notamment en raison des sanctions contre l’Iran, principal fournisseur de drones pour Moscou. Pourtant, les infrastructures critiques comme les cuves souterraines restent généralement intactes, limitant l’impact sur l’approvisionnement global.

Stratégies d’adaptation et enjeux humanitaires

Face à cette guerre des carburants, les deux camps développent des réponses distinctes. En Ukraine, les opérateurs comme BRSM Nafta renforcent la sécurité de leurs stations avec des abris en béton et des filets anti-drones, tout en réduisant leurs heures d’ouverture et leur personnel. Les conducteurs, désormais habitués aux alertes aériennes, privilégient la rapidité : « On remplit et on part », résume une habitante de Mykolaïv. Les files d’attente et la panique d’achat, autrefois fréquentes, ont disparu au profit d’une discipline collective.

En Russie, où les raffineries centralisées sont vulnérables, les autorités tentent de limiter les dégâts en réorganisant les flux logistiques. Pourtant, la stratégie ukrainienne semble porter ses fruits : selon la Banque nationale d’Ukraine, seulement 4 % des stations ont été endommagées, et les ventes dans les régions éloignées compensent largement les pertes locales.

Une guerre où le carburant devient une arme

Pour les observateurs, ces attaques illustrent une évolution majeure du conflit : le carburant n’est plus seulement une ressource, mais une cible. En Ukraine, les frappes visent à saper le moral de la population et à fragiliser l’économie, tandis qu’en Russie, elles cherchent à paralyser les capacités logistiques. « Leur but est de terroriser les civils pour nous forcer à capituler », estime une conductrice ukrainienne.

Si l’impact économique reste limité à ce stade, les risques humanitaires grandissent. Les civils, contraints de parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver du carburant, voient leur mobilité réduite. À Kherson, où près de la moitié des stations ont cessé de fonctionner, les attaques « quasi quotidiennes » aggravent une situation déjà précaire. Une course contre la montre s’engage, où chaque drone et chaque camion-citerne compte.

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